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Vacation dans les établissements privés : Polémique au ministère des enseignements secondaires

La colère des enseignants du secteur public jusque-là limitée aux portes du Ministère de l'Enseignement Primaire est en train de gagner celles de cet autre département ministériel en charge également de la question éducative. Mais, les problèmes et les raisons diffèrent.

Vacation dans les établissements privés polémique au ministère des enseignements secondairesSi du côté de la ''maison'' Marthé, c'est l'évaluation des enseignants contractuels qui est sujette à des critiques, au niveau du Ministère des Enseignements Secondaires, c'est un arrêté du patron des lieux en date du 21 août 2017 qui est, depuis trois jours, la cible de tirs groupés d'une ''rébellion'' en vue. " Ne vous en faites pas, il n'y a pas le ''feu'' dans notre bâtiment comme certains veulent le faire croire ", rassure un collaborateur du Ministre Sani Abdourahamane qui a requis l'anonymat qui essaie de minimiser la fronde en gestation. De quoi s'agit-il pré- cisément ? Revenons à la ligne pour donner la réponse.

Le 21 août 2017 (c'est-à-dire lundi dernier), le Ministre des Enseignements Secondaires, Sani Abdourahamane signait un arrêté. Celui-ci porte sur la règlementation du service de la vacation dans les établissements privés d'enseignement secondaire. De quoi s'agit-il précisément ? Revenons à la ligne pour répondre à la question.


Cet arrêté porte sur la réglementation du service de la vacation dans les établissements privés d'enseignement relevant du secondaire. En son article 4, il dispose : " Tout enseignant du secteur public désirant servir dans des établissements privés d'enseignement secondaire en qualité de vacataire doit constituer un dossier comportant les pièces suivantes : une demande manuscrite et timbrée adressée au Ministre des Enseignements Secondaires indiquant l'adresse personnelle, l'établissement, les disciplines ainsi que les niveaux dans lesquels, il souhaite  exercer ; une copie certifiée conforme du dernier diplôme et, éventuellement sa traduction et son équivalence délivrés par les autorités compétentes ; un curriculum vitae (CV) ; Un reçu de 5.000 FCFA versés au compte n° 420 30 98 du Trésor National ; le tableau de service de l'année en cours signé par le chef d'établissement et contresigné par son Directeur départemental des Enseignements Secondaires (DDES) ou son Inspection de l'Enseignement Secondaire Franco Arabe ".


Tout naturellement, cette nouveauté n'est pas bien accueillie dans le milieu des enseignants du public qui sont allés très vite à sa condamnation. " C'est une façon de mettre du sable dans notre sauce " ; " 5.000 FCFA comme frais de dossier, c'est de l'arnaque " ; " Il y a là quelque chose en préparation contre le privé " ; etc. Ce sont là quelques réactions recueillies ou compilées par le journal " La Nation " dans ce milieu. Du côté du Ministère de tutelle et de certains chefs d'établissements et inspections du secondaire, on se défend d'une quelconque intention malveillante derrière cet arrêté qui n'est qu'une application de l'ordonnance n°96-035 du 19 juin 1996 portant règlementation de l'Enseignement privé au Niger. Au sein de l'opinion, les avis sont partagés. Pour ce fonctionnaire parent d'élève, habitant la Rive Droite, il faut mettre de l'ordre dans le secteur de l'Education. " Ce sont les mêmes enseignants constamment en grève dans le public qui se retrouvent dans le privé, très souvent pour les mê- mes niveaux d'enseignement. Vous voyez bien  le mauvais jeu qu'on fait au public ", ajoute-t-il. Cet argumentaire n'est pas partagé par cet autre commentateur : " Si les enseignants du public préfèrent se sacrifier plus pour le privé, c'est parce que les conditions salariales du secteur public ne les permettent pas de joindre les deux bouts ". Pour ou contre, il faut bien une réglementation en toute chose. Autrement, on ne s'en sortira pas.


Aussi cette nouvelle réglementation soulève plusieurs situations et interrogations non encore élucidées. Si elle visait à contrôler les mouvements ou déplacements des enseignants craie en main du public au secondaire, que dire alors de nombreux conseillers et inspecteurs pédagogiques qui, chaque jour aussi, au lieu de faire même un simple acte de présence dans leurs services publics, se ruent directement dans les établissements privés pour faire la vacation, abandonnant systématiquement l'encadrement pour lequel, certains sont déchargés. Eux-aussi vont-ils constituer des dossiers pour prétendre à la vacation ? C'est le cas également de nombreux cadres de l'administration tapis dans les ministères et les services déconcentrés de l'éducation au secondaire qui sèchent leurs bureaux pour faire la vacation dans les écoles professionnelles privées et les collèges ou lycées sous le prétexte qu'il n'y a rien à faire dans les bureaux. Quel est alors leur sort ? Cette mesure, même si elle vise certaines indélicatesses dans les rangs des enseignants craie en main du secondaire, elle soulève un grave dysfonctionnement de notre administration. Il serait arbitraire d'empêcher certains et fermer les yeux sur d'autres parce que tout simplement ils sont de l'administration. Il n'est pas normal de justifier sa maladie pour ne pas enseigner ou travailler dans les écoles et services publics du secondaire et le matin se rendre dans une école privée pour dispenser des cours. Le Ministère du Secondaire doit prendre toutes ses responsabilités pour respecter l'équité.
Oumarou Kané

27 août 2017
Source : La Nation

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