Forfaits Internet Aitel Niger

Forfait Albarka

Mukurigate : Saïdou Sidibé dans la nasse des milliards évaporés

Saidou Sidibe Finance Niger 1Le 28 septembre 2015, Saïdou Sidibé, alors ministre des Finances, adressait au directeur général de la Cbao [Ndlr : Compagnie bancaire de l'Afrique occidentale] une lettre portant en objet " Contrat de partenariat public-privé Etat du Niger-Synverse]. Par cette lettre, Saïdou Sidibé a tenu, d'une part, à informer le directeur de la Cbao que, dans le cadre de la mise en œuvre du contrat cité en objet, une facture d'un montant de 4 816 169,66 FCFA relative aux travaux de contrôle exécutés pendant l'année 2014 a été transmise pour paiement à son département ministériel ; d'autre part, qu'il s'engage à virer le montant sus indiqué dans le compte Cbao NE064-01001-N°25111161921 80 ouvert au niveau de votre banque au nom de Wallgates S.A. De fait, la Cbao attend toujours une concrétisation de l'engagement écrit de Saïdou Sidibé. L'argent, qu'elle attendait, atterrira ailleurs. Précisément à la Bsic [Ndlr : Banque …pour l'investissement et le commerce], dans le compte n° 020935000112-X0F de la société Wallgates. Mukuri Daniel a ainsi réussi à se jouer, encore une fois, de la Cbao. Car, malgré son engagement écrit et volontaire, Saïdou Sidibé a fait tout autre chose. Pourquoi Saïdou Sidibé n'a pas tenu son engagement de virer le montant indiqué dans le compte Cbao de la société Wallgates ? Aurait-il usé de ce subterfuge pour se faire un peu d'argent de poche sur le dos de la Cbao ou a-t-il été contraint de revenir sur son engagement ? Ce qui est sûr, c'est que Wallgates a étalé, là, les preuves de sa toute puissance et de ses capacités de nuisance. En tout cas, selon des sources dignes de foi, la Cbao entend porter plainte contre Saïdou Sidibé. Le juge d'instruction chargé de l'affaire a bien envoyé un certain nombre d'acteurs de ce scandale derrière les barreaux. Parmi eux se trouve Mukuri Daniel. La fin du deal avec ceux qui le protègent ! Mais le problème reste entier. Saïdou Sidibé, qui a certainement beaucoup de choses à dire au juge d'instruction pour éclairer sa lanterne et démêler les nœuds de cet imbroglio financier, reste encore inaccessible à la justice. Or, des indiscrétions faites au Courrier indiquent que Mukuri Daniel a arnaqué l'Etat et régné en maître intouchable durant des années parce qu'il arrosait beaucoup de têtes couronnées. Beaucoup d'argent, pompé des caisses de l'Etat par un procédé proche de ce " sans rien faire " de Hassoumi Massoudou, aurait été, donc, régulièrement distribué à des gens pour obtenir et garantir leur silence complice. On parle de hautes personnalités de l'Etat.

Peut-on accorder du crédit à la lettre de Saïdou Sidibé ? Traduit-elle le sérieux de l'homme et sa volonté de faire les choses dans les règles de l'art ? C'est son audition qui permettra de le savoir. La certitude, c'est que son courrier au directeur général de la Cbao a été un véritable pavé dans la mare de Mukuri Daniel et de ses complices nigériens. Pour la Cbao, c'est enfin le moment de régler ses comptes avec ce filou de Mukuri Daniel. Or, pour tous ceux qui complotent avec Mukuri Daniel contre l'Etat, c'est inacceptable. Les seconds remporteront le bras de fer et l'argent escompté par la Cbao a finalement pris une autre direction. La Bsic, cette même banque qui a accueilli, avec la Sonibank, d'obscurs fonds provenant d'un pays voisin et liés à des transactions mafieuses.

La conciliation signée entre Wallgates et l'Etat du Niger est la preuve que Mukuri Daniel était un prince de la renaissance
Le 14 juillet 2016, la Cbao vient de remporter un procès contre Wallgates dont les responsables lui doivent des créances restées longtemps impayées. Le Président du Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Niamey, Maï Moussa Elh Bachir, signe ce jour-là, une ordonnance autorisant la CBAO à pratiquer des saisies conservatoires sur tous les biens appartenant aux époux Mukuri Maka Josué Daniel Bomono et Danielle Prudence Désirée ainsi qu'à la société Wallgates S.A. pour non paiement de sa créance que la CBAO dit avoir évalué provisoirement à la somme de 293 500 000 FCFA en principal sans préjudice des intérêts et frais de recouvrement. Mais, Wallgates, condamnée aux dépens, sur la base de plusieurs décisions de justice, à payer à la CBAO au total 328 451 500 FCFA, fera un pied de nez aux responsables de la banque. Deux jours avant la signification de la requête et de l'ordonnance d'injonction, soit le 8 août 2016, la société Wallgates, représentée par son directeur général, Daniel Mukuri Maka José Bomono, assisté par maître Yaro Zileto Daouda, avocat à la Cour, assignait l'État du Niger, représenté par le Secrétaire général du Gouvernement, Gandou Zakara, assisté de maître Yacouba Mahaman Nabara, avocat à la Cour, devant la justice. La préoccupation des deux parties était, curieusement, de trouver un accord amiable. Ce qui fut fait par devant Maï Moussa El Hadj Bachir, Président du Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Niamey, assisté de maître Idrissa Rabo, Greffier en Chef près ledit Tribunal. Suivant le préambule de cette conciliation judiciaire, l'État du Niger aurait accumulé des arriérés de plus de huit milliards 200 millions dus à Wallgates, la société de Salifou Diallo et consorts. À l'article 1er, portant reconnaissance de dettes, l'État du Niger reconnaît irrévocablement devoir à la société Wallgates au titre des gains additionnels et cumulés (TVA, TTIE, ISB, etc.) la somme de 4 871 816 169, 66 FCFA. C'est ce montant que Saïdou Sidibé s'est engagé à virer à la Cbao, dans le compte plus que débiteur de la société Wallgates. Retrancher plus de 300 millions de francs CFA fausserait peut-être la clé de répartition de cet argent gagné " sans rien faire".

La lettre de Hassoumi Massoudou est la conséquence des scandaleuses conclusions mises en lumière par le cabinet Clarity
Le 27 mars 2017, Hassoumi Massoudou adresse une lettre au directeur général de l'Autorité de régulation des télécommunications et de la poste (Artp) aux fins de le voir notifier à la société Wallagates, la résiliation du contrat qui la lie à l'État du Niger. Le ministre des Finances indiquait que des audits techniques et financiers ont été réalisés à propos de la mise en œuvre de la plateforme de contrôle de la qualité de service et de la facturation du trafic téléphonique (voix et données) des opérateurs des réseaux de télécommunications disposant d'une licence d'exploitation au Niger et que ce rapport a fait ressortir d'importants manquements de la part du délégataire. Hassoumi Massoudou, relevait, notamment, (1) l'usage du faux et des données erronées ayant servi de base à la signature du contrat ; (2) le non-respect de l'ensemble des dispositions du cahier des charges ; (3) un impact non avéré du système sur les rendements des recettes. Et pourtant, c'est sur cette base frauduleuse, parfaitement connue des autorités nigériennes, que Daniel Mukuri, un escroc recherché par Interpole Belgique, va régulièrement engranger des milliards sur plusieurs années. Il pompait les milliards de l'ARTP, " sans rien faire ", pratiquement, que de récupérer les CD des données des opérateurs de téléphonie cellulaire et de faire la comparaison avec l'année 1. Une routine qui lui permet de relever la différence en termes d'augmentation des appels et de les facturer selon une clé de préalablement établie à la signature de l'accord. Une arnaque, en somme, sur laquelle ceux qui sont chargés de veiller sur les intérêts de l'Etat ont fermé les yeux. Mieux, ils ont protégé Mukuri Daniel et sa Wallgates, empêchant pratiquement à la Cbao, de rentrer dans ses droits. En réalité, la lettre de Hassoumi Massoudou demandant au directeur général de l'ARTP de résilier le contrat liant l'Etat et la société Wallgates a été inspirée par les scandaleuses conclusions mises en lumière par le cabinet Clarity. La résiliation du contrat était la solution la moins douloureuse. Et pour faire bonne mesure, il fallait envoyer Daniel Mukuri derrière les barreaux. Histoire de se laver les mains vis-à-vis de toutes ces " mukurigates ".

Laboukoye

25 mai 2017
Source : Le Courrier

Imprimer E-mail

Economie