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Bagrigate / audit interne : Un rapport accablant

Bagri Banque NigerCréée en 2010, la Banque agricole du Niger a débuté ses activités en février 2011. Mais en 2012 déjà, la Commission bancaire (CB) de l'UMOA relève qu'au 31 décembre 2011, soit dix mois après, la Bagri a " absorbé " près du tiers de son capital. Suivant lettre, du ministre Nigérien des Finances de l'époque, en date du 25 juillet 2013, la CB a décidé de mettre la Bagri sous administration provisoire, une sorte " d'état d'urgence " dans le domaine bancaire. Ainsi, un nouvel Administrateur provisoire est désigné avec pour missions de " clarifier la situation de l'actionnariat ", aider le Conseil d'administration dans le choix d'un nouveau Directeur général " présentant toutes les garanties d'honorabilité et de compétence ", faire " l'état des lieux " sur les causes des contreperformances de la Bagri, entre autres. Le nouveau patron temporaire de la Bagri s'attèle alors à la tâche.  Au bout des six mois, le travail n'étant pas fini, une prorogation pour deux mois supplémentaires de l'administration provisoire a été demandée et obtenue. Entre temps, l'administrateur a mis sur pied une véritable une direction de contrôle.
 

Au bout de deux rapports, la responsable de cette direction et son équipe ont mis le doigt sur le nœud gordien des problèmes de la banque. C'est là où ça fait mal. Des travaux de ce service, il est ressorti ce qui n'était pas un mystère, à savoir, que les créances douteuses menacent la Bagri.
Ainsi, il ressort qu'en 2012, après la mission de la CB, ces créances étaient de plus de 4 milliards de F CFA contre  945 millions F CFA en 2011. Lorsque l'administration provisoire arrivait, elles grimpent à plus de 5 milliards 241 millions en 2013 pour se plafonner à 5 564 295 174 F CFA en 2014.
Naturellement, il fallait provisionner (remplacer) ces créances non remboursées. Sur les 5 564 295 174 F CFA, 3 172 140 543 ont été provisionnées soit un gap de : 2 392 154 631 F CFA.
Ce qui vient confirmer que les raisons pour lesquelles, la Bagri a été placée sous administration provisoire demeurent ; elles se sont accentuées même. Lorsqu'une banque arrive à un tel niveau de décadence, deux choix s'imposent : soit l'institution financière déclare la faillite et ferme ses portes, ou alors, elle fait ce qu'on appelle une recapitalisation, c'est-à-dire, elle cherche de nouveaux actionnaires qui vont lui apporter de la liquidité afin de pouvoir rebondir. Pour ne pas en arriver là, il fallait que la Commission bancaire de l'UMOA ne soit pas au courant. Comment ? Puisque les rapports lui sont envoyés chaque semestre.
Nuits blanches, Réflexion, réunions, consultations, concertations ont finalement abouti à la fatalité : le rapport doit être " adouci ", il est trop rigide. Problème : la Direction à l'origine de ce rapport est conçue pour être indépendante. Ainsi en a décidé la circulaire n° 03-2011/CB de la Commission bancaire qui stipule que : " l'audit interne est une fonction indépendante chargée d'évaluer le bon fonctionnement ainsi que l'efficacité du contrôle interne et du dispositif de gestion des risques, sur la base d'un examen régulier et systématique des opérations et des procédures. Il doit, à cet effet, être directement rattaché à l'organe exécutif. "
Devant, l'intransigeance déontologique de l'audit interne - qui a d'ailleurs pu transmettre " l'indésirable " rapport à la Commission bancaire de l'UMOA mais aussi au Conseil d'administration de la Bagri - il fallait agir et vite. Il fallait surtout utiliser l'artillerie lourde pour couper la tête du serpent. Contre toute attente, la CB demeure silencieuse, indifférente comme si de rien n'était. Par ailleurs, avec la bénédiction du Conseil d'administration, la responsable de l'audit et de l'inspection des services est licenciée pour " faute grave ".
Licenciement " abusif " rétorque la victime, ou l'agneau de sacrifice si vous préférez. Commence alors, une " guerre " judiciaire entre un individu, de surcroît épouse et mère, et toute une institution financière au capital - de départ - de 10 milliards F CFA, disposant d'un effectif d'au moins 130 personnes. Le rapport de force est, on ne peut plus, déséquilibré. Une saga judiciaire que L'Éclosion vous fera découvrir dans ses prochaines parutions.

27 avril 2017
Source : L'Eclosion

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