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BAGRIGATE : Que reste-t-il des 10 milliards du capital de la BAGRI ?

Bagri Niger 10 milliardsEn 2010, l’État du Niger a décidé de la création d’une banque agricole pour soutenir le secteur rural. Ainsi est née la BAGRI SA. Une société anonyme avec un capital de dix milliards de FCFA. En moins de cinq années d’exercice, ce pactole a fondu comme beurre au soleil. Et pour vous faire savoir pourquoi, L’Éclosion consacre à ce que l’on pourrait appeler « le feuilleton  BAGRI » une série d’articles – qui s’étaleront sur plusieurs semaines– avec en toile de fonds, un  drame social qui en a découlé. Pour comprendre, lisez-nous les semaines à venir ….

Tout est parti d’une visite ordinaire du Gendarme de la finance de l’Union monétaire Ouest africaine autrement dit : la Commission bancaire de l’UMOA. Au sortir d’une « vérification globale »effectuée sur la BAGRI du 25 juin au 13 juillet 2012, les experts de la Commission bancaire de l’UMOA ont relevé que l’analyse des activités de la BAGRI« fait ressortir qu’au 31 décembre 2011, les dépôts ont représenté 56,7%, les crédits 116,7% et la perte de l’exercice 723% des prévisions du plan d’affaire ». En termes moins techniques, cela veut dire qu’il y’ a des ajustements urgents à effectuer dans la conduite des affaires.

Et en langage journalistique on dira tout simplement que : « le Titanic va sombrer ». En tout cas, la conclusion de la Commission bancaire (CB) est sans appel : « malgré les recommandations fortes émises lors de l’agrément, par les Autorités de supervision, aucune des mesures spécifiques particulières préconisées pour la gestion de ces risques n’a été mise en œuvre de sorte que la BAGRI n’est pas en mesure d’exercer ses activités dans le respect des exigences particulières énoncées. »

Le pire est à venir, la mission de la CB relève que : « l’exploitation a, ainsi, absorbé près du tiers du capital social, après 12 mois d’activités ». Le tiers de 10 milliards F CFA fait un peu plus de 3 milliards, consommés au 31 mars 2012 déjà. Ici, nous devons rappeler que l’UMOA impose des normes pour l’exploitation d’institutions financières. Parmi celles-ci, notons l’exigence d’un capital minimum de FCFA 5 milliards depuis 2008 et, il est prévu que ce minimum fusse rehausser à 10 milliards à l’horizon 2017. Pour anticiper sur cette directive, l’État du Niger a créé la BAGRI avec un capital de FCFA 10 milliards.

De plus, la CB impose des recommandations à toute banque qui ouvre ses portes dans le monde des finances de l’espace. Pour le cas de la BAGRI, les recommandations dont étaient assorties, son agrément sont, entre autres, de : « requérir de l’État, le maintien, à un niveau compatible avec les exigences prudentielles, de la dotation financière des trois fonds par le biais de leur abondement régulier et conséquent ;examiner en relation avec les autorités nationales, la possibilité d’instituer un dispositif adapté au secteur et d’encadrement des clients appelés à bénéficier des crédits ; demander à l’État un engagement formel à céder 65% du capital à des investisseurs fiables et crédibles dans le délai prévu de cinq (5) ans et après obtention des autorisations préalables requises, ainsi qu’à entreprendre, sans délai, la matérialisation de cet engagement par la conclusion de conventions de portage et la mobilisation des autres ressources à terme auprès des institutions spécialisées ; mettre en place avant le démarrage des opérations, des procédures rigoureuses de sécurisation des crédits, de fiabilisation du système d’information et de contrôle de gestion, sous la supervision du Conseil d’administration ; proportionner, à cet effet, les encours de crédits adossés au montant effectivement disponibles et acquis à la banque, des sommes logées dans les trois fonds susvisés et envisager des mécanismes destinés à couvrir les bénéficiaires de crédit agricole contre les pertes de production liées aux aléas climatiques et aux attaques des récoltes ; s’assurer en permanence de la mise en œuvre des procédures édictées ». On ne peut pas être plus clair et plus prévoyant. Et à la lumière de ces recommandations, l’on peut dire que n’importe quel responsable aurait pu consolider une banque et même la faire prospérer rien qu’en se conformant à ces directives.

Ainsi, si le tiers de son capital s’est évaporé, la banque agricole du Niger n’est pas victime d’une calamité naturelle comme c’est courant dans son secteur de prédilection –sur le papier – mais la main de l’Homme en est pour beaucoup. Si les exigences de la Commission Bancaire n’ont pas été respectées, forcément les dirigeants, à tous les niveaux, sont au courant. D’ailleurs, nul ne peut être mieux informé que la direction générale à la tête de laquelle trône monsieur Abdoulaye Djadah. Au-delà, le Conseil d’administration dirigé par monsieur Abdou Maïdagi est bien au parfum de la situation. En témoigne le Procès-verbal (PV) de sa réunion du jeudi 18 octobre 2014. Dans un extraordinaire mélange de froid et de chaud– ou plutôt de perte et de bénéfice – le Conseil d’administration de la BAGRI reconnaît la délicate situation de l’institution. Tenez ! D’abord, il est écrit dans ce procès-verbal que : « (…) la Bagri a entamé un nouveau départ au vert. C’est ainsi qu’à la date du 30 juin 2014, la situation financière présentée fait ressortir un total bilan de FCFA 33 400 millions (ndlr, 33 milliards 400 millions) contre FCFA 25 317 millions (ndlr, 25 milliards 317 millions) au 31 décembre 2013 soit une hausse de près de 8 milliards … ».

Ensuite, le même PV fait ressortir un bilan sec sans aucune verdure. Ainsi, il y est indiqué que «  la Bagri a le plus fort taux de dégradation du système bancaire nigérien et cela, en seulement trois ans d’existence. Cela ne s’explique point. » Les créances en souffrance au 30 juin 2014 se chiffrent à plus de FCFA 6 milliards contre FCFA 5,2 milliards au 31 décembre 2013 ! Ainsi, la dégradation du portefeuille de crédits de la banque ne fait que s’accentuer d’année en année, consommant de ce fait, le capital déjà bien entamé. En 2012, d’après les conclusions de la Commission Bancaire, il ne restait que FCFA 6,7 milliards sur les 10 milliards du capital de départ. A la clôture de l’exercice 2014, il n’en restait que FCFA 5, 7 milliards d’après la Bagri.
C’est là, un aperçu de la situation de la BAGRI SA. Comment, on en est arrivé là ! Lire ci-dessous la suite

Ibrahim YERO.
 

Comment le capital de la BAGRI a-t-il fondu ?

" Les comptes bancaires ordinaires débiteurs s'établissent à 2 843 millions de FCFA en 2014 contre 1 661 millions de FCFA en 2013 soit une variation de 71%, expliquée par des lignes d'autorisations de découverts accordées à certains clients de la banque. " Ceci n'est point l'écrit d'un journal en mal de sensation mais ce paragraphe est bien écrit noir sur blanc dans le Procès-verbal des délibérations du Conseil d'administration de la Banque agricole du Niger BAGRI SA du 26 mai 2015 dont L'Éclosion s'est procurée copie. Et ce paragraphe, à lui seul, explique pourquoi la Bagri a aspiré une bonne partie de son capital. Avant de rentrer dans les détails, il est nécessaire d'expliquer à ceux de nos lecteurs qui ne sont pas familiers du jargon bancaire, les expressions clefs de ce paragraphe. Un compte débiteur est celui dont le titulaire n'y a aucun francs au contraire, il a des crédits que lui accordés par la banque. C'est là que l'on dit que son compte est à découvert, c'est-à-dire, qu'au lieu qu'il ait de l'argent déposé à la banque, c'est à cette dernière qu'il en doit. Et comme vous l'avez lu plus haut, pour arriver à ce stade, il faut des autorisations spéciales. Tout le problème est là.
De sa création à 2014 soit en quatre années d'exercice, la Bagri a dû colmater, ou provisionner pour emprunter le langage bancaire, des crédits qui s'élèvent à près quatre milliards cent millions sur lesquels elle n'a pu recouvrer que la modique somme de 388 millions FCFA. Pire, selon un des commissaires aux comptes " le total des différents engagements qui concernent les cinquante (50) plus gros risques s'établit à 12 898 millions de FCFA, et les garanties offertes, disponibles et inscrites représentent 3 761 millions de FCFA. Ce qui veut dire que nous sommes environ à 28% des garanties par rapport aux cinquante (50) plus gros risques ".

Donc l'unanimité est faite que la Banque agricole du Niger est atteinte d'une maladie nommée : créance douteuse. Dans le monde des finances, lorsqu'une banque donne du crédit à un mauvais client - qui n'honore pas ses engagements et qui n'a pas de garantie - au bout d'une année, ladite banque provisionne ce prêt. Elle prélève dans son capital pour combler le creux laissé par cette créance en souffrance. C'est exactement de ce genre de situation qu'il est question dans la disparition progressive du capital de la Bagri.

Après l'administration provisoire, les nouveaux responsables ne font d'ailleurs pas mystère de ce goulot d'étranglement ; " en 2014, il n'y avait vraiment pas eu une politique de recouvrement ; c'est pourquoi, en 2015 la banque mettra un accent particulier sur le recouvrement des créances, qui sans nul doute permettra d'atteindre un résultat satisfaisant " confesse le Directeur général de la Bagri devant le conseil d'administration. Lequel ne cache pas son étonnement relativement aux " rééchelonnements de prêts à des clients qui ne sont pratiquement pas rentables ".

Cela ne devait pas arriver si, les fortes recommandations que la Commission bancaire de l'UMOA a assujetties à l'agrément de la Bagri étaient respectées. Une de ces recommandations invitait la nouvelle banque à : " mettre en place avant le démarrage des opérations, des procédures rigoureuses de sécurisation des crédits, de fiabilisation du système d'information et de contrôle de gestion, sous la supervision du Conseil d'administration ; " D'où l'impérieuse nécessité d'un service de contrôle. La Banque agricole du Niger n'en avait-elle pas ? Hélas si ; elle a même une Direction de l'audit et inspections des services et un service de contrôle interne, qui s'est avérée un peu trop grande pour la Bagri …. La semaine prochaine nous verrons si cette direction a fait son travail ou non ….
Ibrahim YERO.

 

Encadré : Bref historique de la Bagri
La Bagri a obtenu son agrément en 2010. Elle a démarré ses activités en février 2011 avec pour Directeur Général, monsieur Abdou Rabiou, un professionnel aguerri (ancien cadre de la BCEAO, ancien DG de la BRS Niger). En juin/juillet 2012, la banque a fait l’objet d’une vérification globale de l’Autorité de supervision des établissements de crédit de l’UMOA à savoir, la Commission Bancaire. Les conclusions de cette inspection sont accablantes. Un an après, en juillet 2013, la Bagri est mise sous administration provisoire du fait de profondes divergences au sein de sa gouvernance. Chose, qui mettait en péril les fonds reçus en dépôt. L’administrateur provisoire nommé en la personne de monsieur Bachir Amadou, professionnel aguerri aussi (ancien directeur de l’émission au siège de la Bceao) devait entres autres, clarifier la situation de la gouvernance et faire l’état des lieux des causes des contreperformances de la banque. En mars 2014, l’administration provisoire prit fin avec la mise en place d’un nouveau conseil d’administration et la nomination d’un nouveau directeur général en l’occurrence monsieur Abdoulaye Djadah, ancien cadre de la Société nigérienne de Banque (SONIBANK), lui aussi, professionnel expérimenté.
En résumé, de 2011 à 2014, la Bagri a connu trois dirigeants dont un administrateur provisoire. Le tout sur fond d’un capital dilapidé !

 

23 avril 2017
Source :  L'Eclosion

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