La Loterie nationale du Niger en voie d’être enterrée : Un marché de plus de six milliards à une société domiciliée à Dubaï

Lonani Niger 01La loterie nationale du Niger (Lonani) est spécialisée dans les jeux de hasard. On ignorait qu’elle s’est désormais spécialisée dans les marchés qui sentent l’arnaque. Vache à lait dont les recettes prendraient, depuis quelque temps déjà prolongé, une destination des plus obscures, la Lonani est finalement tombée dans une chute libre abyssale. Une descente aux enfers qui s’est davantage prononcée ces deux dernières années avec des marchés douteux, coup sur coup arrangés et passés sans égard pour la situation financière de la société. Déjà épinglée par la Cour des comptes qui a décelé et mis en lumière de graves anomalies dans la gouvernance de cette société d’Etat, la Loterie nationale du Niger n’est plus l’ombre d’elle-même. Elle vivote, affaiblie par un premier marché qui lui a couté 1,5 milliard FCFA sans que l’on ait constaté une plus-value dans les activités de la société. Le paiement, sur cinq ans, de ce milliard et demi qui a plutôt enrichi des individus, a été la croix et la bannière. La Lonani a eu d’énormes problèmes pour payer ce montant. Nonobstant ce passif lourd et les difficultés financières dans lesquelles la Lonani est empêtrée, fruit d’une gestion des plus aléatoires, la directrice générale, dame Habsou Ali, a fait de nouveau tourner la roulotte russe. Histoire de dire qu’à la Loterie nationale du Niger, on ne fait pas que faire jouer les parieurs, on joue soi-même, avec les fonds publics. Un second marché, d’un montant plus élevé que le premier et contracté dans des conditions très floues, pour ne pas dire tordues, est en cours d’arrangement. Un nouveau marché relatif à l’informatisation du PMU Niger qui engage la société pour longtemps est octroyé à une société dénommée FLEXBET. Basée à Dubaï, FLEXBET est une entreprise qui a pourtant proposé plus du double des offres des autres concurrents. Elle se voit ainsi offrir ¯ c’est le mot ¯ pour l’exercice 2019-2023, un contrat de prestations qui coûtera à la Lonani les yeux de la tête. 276 000 000 FCFA pour l’achat du matériel auquel il faut ajouter 6% du chiffre d’affaire de la LONANI par an de redevance locative du logiciel et la synchronisation avec PMU France. À titre indicatif, le chiffre d’affaire de la LONANI est d’environ 20 milliards par an.C’est donc 1,2 milliard FCFA par an de redevance que la LONANI devra payer sur cinq ans comme l’attestent les minutes du dépouillement fournies par les personnes présentes lors de l’ouverture des plis. Au total, FLEXBET s’en sort avec 6 276 000 000 FCFA sur les cinq années à venir. Avec plus de six milliards en cinq, FLEXBET réalise certainement son business du siècle. Cette société, domiciliée, comme par hasard dans un paradis fiscal, prendra en un an ce que ses concurrents proposaient de prélever sur les cinq ans de contrat. Constat accablant !

Alors que le marché date de mai 2018 et que le dépouillement des offres est fait depuis juin de la même année, l’adjudication n’est intervenue qu’en novembre 2018, une période habituellement consacrée par les sociétés sérieuses à la préparation et à l’adoption du budget 2019.La LONANI n’a notifié les résultats de leurs dépouillements aux entreprises concurrentes qu’en novembre. Des résultats que personne n’a vus pour apprécier la justesse et la sincérité du dépouillement. Tandis que l’appel d’offres a été publié au journal, l’adjudication a été faite clandestinement. Or, la publication de toutes les offres et appréciations du comité de sélection se fait pour tout marché sérieux.Rien de tout ce qui peut permettre aux entreprises concourant au marché n’a été publié. Les procès-verbaux de l’huissier présent au dépouillement, les appréciations du comité de sélection, etc., tout est tenu secret car portant les preuves de démarches et procédures tordues. La LONANI, visiblement, a beaucoup d’argent à jeter par la fenêtre.La LONANI at-elle autant de fonds en provisions ?

Finesse et tromperie sont les maîtres mots de ce tour de passe-passe qui a consisté à enfumer les cadres «compétents» du ministère des Finances et qui permet à des responsables de sociétés d’Etat de saigner les finances publiques grâce à la complicité active ou passive de certains fonctionnaires en divisant les offres et en ne présentant pas l’ensemble de l’offre. « Ce qui se passe à la LONANI est inadmissible », a dit un cadre sous couvert de l’anonymat. En adoptant cette démarche opaque, dame Habsou Ali viole le code des marchés publics qui prescrit la publication des différentes offres et appréciations au journal pour tout appel d’offres de cette envergure. Selon des sources internes à la LONANI, la directrice générale œuvre en sourdine avec des cadres rompus aux magouilles. Des sources qui confient redouter une grosse arnaque visant à saigner la LONANI pour renflouer des comptes personnels et/ou partisans.

La descente aux enfers de la LONANI se poursuit et nombre d’observateurs notent que dame Habsou Ali est le «croque-mort» qui va l’enterrer. Avec ce marché qui sent le roussi, dame Habsou Ali joue avec le feu.

Et même si elle pense pouvoir tirer les marrons du feu sans se brûler les doigts, son expérience avec le programme spécial de Mamadou Tandja étant une sérieuse prime d’encouragement, elle ne peut empêcher, demain, qu’un audit fasse la lumière sur cette supercherie visant à dépouiller l’Etat au profit d’intérêts manifestement antipatriotiques. Nommée à l’issue du conseil des ministres du 6 octobre 2017, dame Habsou Ali, ingénieur télécomet toute puissante DG de la LONANI, semble adoubée et soutenue dans ce qu’elle fait. Une sorte de permis à tout faire avec les fonds publics.

Ali Soumana
15 décembre 2018
Source : Le Courrier

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