Invité de La Nation : M. Foumakoya Gado, Ministre du pétrole « Le rêve pétrolier est désormais une réalité ! »

Foumakoya Gado Ministre petroleM. Foumakoya Gado, Ministre du pétrolePeut-on dire Monsieur le Ministre que, sous peu, le Niger pourra être considéré comme un pays pétrolier majeur ?

Le Niger est déjà un pays producteur depuis 2011 à hauteur de 20.000 barils par jour alimentant la raffinerie de Zinder. D’ici 2021, le Niger entrera dans une autre phase de l’exploitation de ses ressources pétrolières en devenant un exportateur de pétrole brut à hauteur de 90.000 baril par jour. Le Niger deviendra donc sous peu un pays produisant 110.000 barils par jour. Le Niger deviendra donc un acteur significatif sur le marché international, comparable au Tchad, sans pour autant devenir un pays pétrolier majeur.

A ce jour, quelles sont les estimations de réserves d’or noir dans notre pays ?

Les réserves de pétrole brut sont actuellement concentrées sur les blocs d’Agadem et de Bilma, en attendant d’autres découvertes sur le territoire national. Ces réserves dites « récupérables » s’élèvent à quelque 890 millions de barils.

Dès la construction du pipeline, à combien estimez-vous notre capacité d’exportation du brut ?

La capacité d’exportation sera d’au moins 90.000 barils par jour dès la mise en service du pipeline, soit au plus tard en 2021.

Nous croyons savoir que d’autres explorations sur de nouveaux périmètres sont en cours. Ces estimations à l’export seront-elles susceptibles d’évoluer à terme ?

Les Sociétés SIPEX, Groupe Sonatrach, et Savannah Petroleum mènent respectivement des activités de recherche sur les blocs de Kafra (SIPEX), de R1&R2 et de R3&R4 (Savannah Petroleum). Des forages sont en cours et les premiers résultats montrent des indices prometteurs de présence de pétrole brut sur le bloc de Kafra et celui de R3. Ces indices devront être confirmés dans les mois à venir afin de déterminer s’il existe des réserves économiquement exploitables. Si tel était le cas, les quantités à l’export pourraient augmenter. L’espoir est donc permis même si la prudence nous conduit à attendre les résultats définitifs.

Au fait, pourquoi avoir choisi d’exporter notre pétrole par le terminal de Kribi au Cameroun via le Tchad alors qu’il existait également la possibilité d’un pipeline en direction du Nigéria ou du Bénin qui sont des pays voisins ?

A ce stade, l’État attend les Etudes de Préfaisabilité permettant de déterminer quel est le tracé le plus économique. L’option Tchad-Cameroun semble nécessiter des investissements moins lourds mais l’État et CNPCNP ne prendront une décision définitive qu’en fonction des résultats de ces Etudes. Pour l’instant donc, contrairement à ce qui est avancé par certains média, aucune Option n’a été définitivement arrêtée.

Est-ce à dire que notre pays va à terme envisager d’augmenter la capacité de raffinage de notre pays ?

A ce jour la production de la raffinerie de Zinder est deux fois supérieure à la consommation domestique en produits pétroliers. Il n’y a donc pas de nécessité à augmenter les capacités de raffinage s’agissant de couvrir les besoins domestiques. L’augmentation de la production de raffinage n’est pas envisagée dans l’immédiat, surtout compte tenu de l’environnement qui est très concurrentiel.

Pourquoi avoir donné l’exclusivité de l’exploitation pétrolière à la Chine ?

L’exploitation pétrolière n’a jamais été donnée de façon exclusive à la Chine. Aujourd’hui d’autres compagnies réalisent des opérations pétrolières au Niger. Historiquement, CNPC (société chinoise) est la seule compagnie ayant souhaité investir à
partir de 2007 des montants considérables dans la recherche pétrolière au Niger, notamment sur le bloc Agadem (4 milliards de dollars à ce jour). Peu de société dans le monde aurait eu la capacité d’investir de tels montants. C’est donc une chance pour le Niger que cette Société ait concentré ses efforts là où d’autres Société avaient abandonné. Cependant, CNPC n’a nullement l’exclusivité sur l’exploitation pétrolière du Niger ; elle travaille seulement sur trois blocs. Deux autres compagnies réalisent des opérations prometteuses sur trois autres blocs. Ainsi, 50% des blocs faisant l’objet d’opérations pétrolières ne sont pas opérés par CNPC.

Quelles vont être les retombées en termes d’infrastructures et de ressources financières que l’on peut tirer de cette exploitation ?

L’exploitation supplémentaire de ces ressources permettra tout d’abord à l’Etat d’engranger des recettes fiscales importantes. En effet, les contrats de partage pétrolier mis en place permettent à l’État de bénéficier de plus de 60% des profits pétroliers réalisés. Compte tenu des niveaux de production prévus et si le prix du baril se maintient à un niveau acceptable cela pourrait représenter plus de 300 milliards de FCFA de recettes fiscales pour l’État. Par ailleurs, l’essor de l’industrie pétrolière devrait permettre de voir éclore et se développer des Sociétés nigériennes se spécialisant dans les activités et services pétroliers. Quant aux infrastructures, les opérations pétrolières permettront la construction de la Route de l’Unité, de bureaux régionaux pour le Ministère, la construction d’un laboratoire nigérien d’analyse des produits pétroliers mais également des infrastructures financées par l’État grâce aux retombées fiscales générées.

On parle souvent de la malédiction du pétrole en ce sens que les pays qui engrangent des ressources importantes de l’exploitation de l’or noir, négligent les autres secteurs de développement dont l’impact sur le bien-être des populations est le plus probant ? Ces craintes sont-elles fondées au Niger ?

Non, elles ne sont pas fondées. Le Niger possède un secteur marchand et agricole fort. Ainsi, la part des recettes pétrolières ne devrait pas dépasser 25% ou 30% des recettes globales ce qui permet au Pays d’être à l’abri d’une dépendance au secteur pétrolier tout en récoltant les justes fruits. D’autre part, le mécanisme d’exploitation et de commercialisation écarte tout risque de déperdition de recettes, recettes qui vont directement et entièrement dans les caisses de l’Etat.

10.Quelle est la part des ressources dont bénéficient les populations locales ?

Les populations locales bénéficient d’investissements directs réalisés par les sociétés pétrolières sous l’impulsion du gouvernement. Il s’agit de classes, Centres de santé, puits, emplois, etc. Avec l’exportation du pétrole brut nigérien, le Gouvernement mettra tout en place afin de consolider les investissements réalisés au bénéfice des populations locales par les sociétés pétrolières et par l’État. Il faut aussi noter que la responsabilité sociétale des entreprises pétrolières est fortement exigée à travers les contrats qu’elles signent avec l’Etat. Dans ce cadre, chaque année, ces entreprises prévoient un budget pour la construction de classes, de cliniques et des puits d’eau destinés aux populations riveraines des activités pétrolières. En plus de cet apport des Sociétés pétrolières, l’Etat consent une ristourne annuelle de ses recettes propres au profit des Collectivités impactées par l’exploitation pétrolière ; il s’agit d’une importante somme de plusieurs milliards qui est rétrocédée.

Comme le recommandent les Institutions de Brettons Woods, une grande partie des ressources tirées de l’exploitation pétrolifères doit être réservée aux générations futures. En sera-t-il de même au Niger ?

Oui, la gestion de Gouvernement est orientée vers les générations futures et les recettes pétrolières permettront de financer encore plus de projets : routes, ponts, électrification, eau, agricultures. Il ne s’agit pas pour l’instant de léguer aux générations futures des éventuels fonds sans finalité mais de leur laisser un pays fort économiquement qui leur permette de se former, d’avoir un emploi, et de vivre dans un cadre sain et durable.

Fait à Niamey, le 02 Mai 2018
DIRECTION GENERALE DES HYDROCARBURE

04 avril 2018
Source : La Nation

Imprimer E-mail

Economie