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Entre l’Américain Ara Dolarian et Hima Aboubakar dit Petit Boubé qui est l’escroc ?

Selon nos sources, des marchés lui auraient été attribués par Good Luck Jonathan ancien Président nigérian, pour l’achat d’armes dans la lutte contre la secte Boko Haram. Ce qui n’est pas un mal en soi, mais il se trouve que les choses n’auraient pas été faites dans les règles de l’art. Et comme le gouvernail a changé de mains au Nigeria depuis que Buhari est aux commandes, l’administration nigériane demande des comptes le chef d’orchestre présumé de ces commandes est actuellement derrière les barreaux, dans l’attente de son procès: Sambo Dasuki, conseiller en sécurité nationale de l’ancien président Goodluck Jonathan, est accusé d’avoir détourné 2,1 milliards de dollars des caisses de l’armée. Ce qui ne serait du goût de Niamey. Il faut dire que la fortune du Boubé dit Style Féroce suscite beaucoup d’interrogations dans les milieux des affaires au Niger. Nous venons d’ailleurs d’apprendre qu’il y a quelques temps, Boubé dit Style Féroce, aurait acheté un terrain – tenez-vous bien à un (1) milliard FCFA. Ce n’est pas tout. Pour construire ledit terrain, le richissime marchant aurait débloqué la somme de cinq (5) milliards FCFA qu’il a ensuite remis à l’architecte. Imaginez la fortune d’une telle personne. Mais la grosse question est de savoir si c’est réellement pour lui-même qu’il agit étant entendu que ses relations avec le pouvoir de Niamey sont, on ne peut plus, troubles. Nous venons d’apprendre que la société SEI : Société d’Équipements Internationaux, dirigée par Hima Aboubakar et le vendeur d’armes Ara Dolarian, un ressortissant américain sont en procès aux États-unis dans une affaire d’escroquerie. Quoi qu’il en soit les autorités nigériennes ont intérêt à ce que le Niger n’ait pas des embrouilles avec son grand frère Nigeria. Notre pays n’a pas intérêt que cela arrive, surtout pas pour protéger un individu. La guerre commune contre Boko Haram est bien plus importante qu’une histoire de marchés.

Une société d’armement opaque, un gouvernement corrompu, et une rébellion islamiste qui fait des milliers de morts: des acteurs dignes d’un bon polar de John Le Carré. Une histoire exemplaire des contrats douteux qui gangrènent l’armée nigériane depuis des décennies.

Dans la réalité, la société s’appelle SEI (Société d’Équipements Internationaux), une obscure compagnie dirigée par le Nigérien Hima Aboubakar et le vendeur d’armes s’appelle Ara Dolarian, ressortissant américain.

Le gouvernement nigérian, en plein lutte - ou semblant de lutte - contre le groupe djihadiste Boko Haram, a demandé à la SEI d’être l’intermédiaire de plusieurs contrats d’armement pour une valeur de 246 millions de dollars (hélicoptères, bombes, munitions...).

Nous sommes en 2014, Boko Haram est à son apogée et contrôle tout le nord-est du Nigeria, face à des soldats sous-équipés et démotivés.

Finalement, le contrat a été rompu en 2015, les armes n’ayant jamais été livrées au Nigeria.

Hima Aboubakar décide de traduire son ancien partenaire en justice devant une Cour californienne, concernant un des contrats non honorés, d’une valeur de 8,6 millions de dollars (des bombes et des roquettes), qui, argumente-t-il, ternit sa réputation de «fournisseur d’armes sérieux pour l’armée nigériane».

Le vendeur d’armes, dans les documents judiciaires que l’AFP a pu se procurer, affirme avoir été pris dans une affaire de «blanchiment d’argent» malgré lui, et que l’argent de la SEI avait été «volé au gouvernement nigérian».

Le procès est en cours, mais c’est en tout cas une rare occasion d’avoir accès à des informations sur les contrats passés par la «Grande Muette» nigériane.

- Somme astronomique -

La SEI est déjà dans le collimateur du comité de lutte anti-corruption mis en place par le président Muhammadu Buhari, qui a promis d’éradiquer «ce cancer» généralisé.

Le comité a établi que la SEI avait joué un rôle «majeur» dans l’attribution de contrats «frauduleux et entachés d’irrégularités», dont le total s’élève à près d’un milliard de dollars.

Le chef d’orchestre présumé de ces commandes est actuellement derrière les barreaux, dans l’attente (interminable) de son procès: Sambo Dasuki, conseiller en sécurité nationale de l’ancien président Goodluck Jonathan, est accusé d’avoir détourné 2,1 milliards de dollars des caisses de l’armée.

Une somme astronomique, mais qui est finalement une goutte d’eau à l’échelle des fraudes. Transparency International, dans son rapport «Weaponising Transparency» publié mi-mai, estime que 15 milliards de dollars ont été volés des caisses de l’armée dans l’histoire moderne du Nigeria.

Et l’armée n’est pas le seul secteur corrompu. Le système bancaire défaillant aurait permis de transférer illégalement 217,7 milliards de dollars entre 1970 et 2008, selon une étude de la Commission Européenne.

- ‘Compagnies vides’ -

«La manière la plus simple de voler de l’argent du budget de la défense est de créer des contrats fantômes, de gonfler artificiellement les prix» ou de faire affaire avec «des compagnies vides, qui n’existent que sur le papier», note le rapport de Transparency.

La SEI, qui affirme avoir des bureaux à Abuja et à Paris, n’a aucune existence sur internet. Les documents judiciaires indiquent que le directeur Hima Aboubakar a commandé des hélicoptères Mi-35 à Ara Dolarian pour une valeur de 25 millions de dollars chacun.

«Un prix totalement ridicule», selon Pieter Wezeman, chercheur à l’Institut international pour la Paix de Stockholm, qui estime que ces hélicoptères coûtent en général 5 millions de dollars/pièce.

D’autant plus «ridicule» qu’ils n’ont jamais atterri au Nigeria.

Moteur de la lutte anti-corruption, le président Buhari est malade et actuellement en repos à Londres. Son absence du pouvoir n’aidera pas à réformer un secteur englué dans les malversations depuis des décennies.

D’autant qu’il est lui-même un ancien militaire et «fervent» défenseur de l’armée, selon Matthew Page, ancien diplomate américain spécialiste du Nigeria.

«Il défend les principes du secret militaire, et le fait que l’armée n’obéisse pas aux mêmes règles que le secteur civil», ajoute-t-il.

Aucune compagnie privée n’a été traduite en justice au Nigeria. Quant à Hima Aboubakar de la SEI, il a assuré à l’AFP qu’il continuait à travailler avec Abuja. «Oubliez ce que les gens disent», a-t-il ajouté. «Ils mentent».

21 juin 2017 
Source : Canard en Furie

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