Djado Sékou ou l'école de la tradition : Par Dr Farmo Moumouni

Djado Sékou ou l'école de la tradition : Par Dr Farmo Moumouni On ne présente plus Djado Sékou, ce djesara nigérien né dans le village de Gomno, dans la région de Hamdallaye. On l'écoute, on l'entend à la radio, sur MP3, sur youtube, en voiture, dans la rue au passage de vendeur de cassettes ambulant. On le lit dans les articles, dans les livres qui lui sont consacrés, notamment celui de son compatriote Édouard Lompo.

Ses récits épiques: Fatoumata Bi Dani, Boubou Ardo Galo, Amala Seyni Gakoy, Gorba Dicko, Djel Hamabodedjo Djel Pâté, etc., sont pour l'oreille un délice et pour l'intellect un viatique.

Ce n'est pas le généalogiste qui m'intéresse ici. Ce pas l'historien dont la mémoire dépasse les frontières du Niger qui retient ici mon attention. Ce n'est ni du conteur, ni du narrateur, ni de l'artiste que je veux parler, mais de l'enseignant qui m'apprit un mot, et qui enrichit mon vocabulaire.

J'écoutais il y a quelques jours l'épopée de Gorba Dicko, guerrier précoce, guerrier intrépide, guerrier redouté dès l'âge de sept ans, pour relaxer.

Gorba Dicko, dit Djado Sékou de sa voix claire "invita les jeunes du village à une partie de chasse dite : Djaabey. Puis il expliqua le sens du mot que je découvrais.

Djaabey explique-t-il est une chasse en battue ou une battue qui se pratique en groupe et au cours de laquelle des traqueurs rabattent le gibier.

Je connaissais plutôt le mot Gawey : chasse. Celui-ci de Djaabey m'était jusque-là inconnu. Mais je me souvins du lexique Songhay-Egyptien ancien que j'avais constitué quelques années plutôt.

En effet en 2008, à la suite de Cheikh Anta Diop et de Théophile Obenga, et pour vérifier leurs affirmations sur la parenté entre l'égyptien ancien et les langues négro-africaines, j'avais entrepris des recherches portant sur les relations entre le songhay et l'égyptien. Ces recherches aboutirent à la publication de mon ouvrage: " Aux sources de la connaissance directe : la parenté entre l'égyptien ancien et le Songhay "

Dans le lexique susmentionné se trouve le mot égyptien : Djaa qui signifie Rabatteur. Je rendais le terme songhay Djaa de la manière suivante : cri émis pour éloigner ou chasser les animaux.

L'explication de Djado Sékou offre un éclairage nouveau, et témoigne de la parenté entre égyptien et zarma-songhay. Djaabey signifie donc chasser en battue, il est formé à partir du mot égyptien Djaa.

C'est le Djesara Djado Sékou qui me permet de faire cette découverte. Or le terme Djesara lui-même dans sa décomposition livre son origine égyptienne :

Dje: vient de Djede : dire, raconter.
Sa : est un dieu qui symbolise le savoir.
Ra: signifie bouche en égyptien.

Dje-sa-ra c'est le griot qui dit, qui raconte le savoir par la bouche. Or, le griot est fort justement dans la société zarma-songhay et en Afrique en général, le dépositaire du savoir, le maître de la parole.

En écoutant l'épopée, je n'attendais rien d'autre que du plaisir, mais j'eus plus: la confirmation et la certitude du rapport intime qui existe entre l'égyptien et les langues négro-africaines, en l'occurrence le zarma-songhay. Ce qui est vrai pour cette langue négro-africaine, l'est aussi pour toutes nos langues nigériennes.

Cheikh Anta Diop avait déjà établi que " que la civilisation egypto-nubienne a joué le même rôle vis à vis de la culture africaine que l'Antiquité greco-latine à l'égard de la civilisation occidentale"
Et Théophile Obenga avait souligné qu'il " est acquis que pour relier deux ou plusieurs peuples culturellement, les preuves linguistiques sont les plus évidentes"

La mise en évidence de cette parenté culturelle entre l'égyptien ancien et les langues négro-africaines d'une part, entre les langues négro-africaines africaines entre elles d'autre part, rendraient assurément de grands services à l'unité nationale au Niger, et à l'unité africaine sur le plan continental.

Cette parenté est dans nos langues, elle se dans nos institutions, dans notre psychologie, elle dans nos mœurs et dans nos traditions.

La tâche, pour notre plus grand bien, nous échoit de revisiter nos traditions, notre culture, et notre histoire, de les étudier afin de les mieux connaître, de les connaître afin de les rattacher à leur foyer originel, et ainsi de rétablir leur parenté oubliée, source d'unité.

On apprend dans l'effort, mais il arrive aussi que l'on apprenne fortuitement dans la joie, comme le montre l'enseignement que j'ai reçu à l'école de Djado Sékou.

Ecouter Djadou Sekou

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Farmo M.

19 octobre 2019
Source : https://www.facebook.com/moumouni.farmo

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