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Chanteur, auteur, compositeur et instrumentiste Mahaman Sani Mati : Le rythme traditionnel comme crédo

Mahaman-Sani-Mati-alias-Adamulmula.jpgMahaman Sani Mati alias Adamulmula, qui vient du nom d’un de ses nombreux titres phares bien connu des mélomanes nigériens, s’est lancé dans la musique vers 1997. En collaboration avec un groupe d’amis, ils ont fondé le groupe de rap ‘’Mazan Fagué’’, l’un des groupes précurseurs du mouvement hip hop au Niger dans les années 1990. Depuis 2005, il évolue en solo avec un style tradi moderne conciliant les instruments issus de ces deux mondes, notamment le Gouroumi, le Kalangou, le Ganga, le Garaya.

Né à Tessaoua, Mahaman Sani Mati est chanteur, auteur, compositeur, interprète et instrumentiste. Avec plus de deux décennies d’expériences, il a été sollicité pour enseigner la musique au département d’Art et Culture de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Abdou Moumouni Dioffo de Niamey. Il fabrique et joue deux instruments à corde d’origine haoussa qui sont : ‘’ Garayya’’ et ‘’Gourimi’’. Il maitrise plusieurs langues locales et s’intéresse à tout ce qui touche à la tradition nigérienne. Il est initiateur de plusieurs activités et ou entreprises culturelles ; il a créé la compagnie de fabrication d’instruments de musique et du spectacle vivant (CFIM-Adamulmula). Il coordonne le Réseau Nigérien d’Artistes pour le changement.

Il a bénéficié de plusieurs formations artistiques, notamment de 1998 à 2002 en solfège et techniques vocales au Centre de Formation et de Promotion Musicale (CFPM) Elhadj Taya de Niamey. De 2006 à 2008, Mahaman Sani a entrepris des études et recherches sur les contes, mythes, légendes, rythmes et instruments des musiques du Niger. Il a été formé de 2011 à 2012 en enseignement de la culture musicale dans l’éducation générale.

Parlant de son parcours musical, Mahaman Sani a indiqué ceci : « avec mes amis du groupe Mazan Fagué qui veut approximativement dire en langue locale ‘’ les hommes dans la place’’, nous avons fait un single sur la dépigmentation qui a bien cartonné en son temps. Après, nous avons sorti un album en 2002 dont le vernissage a eu lieu en 2003. En 2005, nous avons profité des jeux de la francophonie avec des appuis de la CONFEJES. Depuis le collège, j’aime lire et écrire, écouter de la musique et surtout danser. Je suivais le style hip hop avec MC Soolar, Mc Hamer et c’est de là que je me suis dit : ‘’si les noirs qui vivent en occident pouvaient émerger autant en musique, pourquoi pas nous’’ ».

Selon lui, le genre musical Hip Hop lui va bien, il aime bien écrire, exposer ses pensées. Avec Mazan Fagué, ils ont enregistré deux (2) albums. Lui, Mahaman Sani, aime bien jouer avec les instruments de la musique, dans le rap, dans les créations musicales ; il est allé voir Mallam Barka (Paix à son âme) ; les instruments africains, contrairement à la guitare, celui qui les joue apprend à les fabriquer. Le Gurimi est un instrument à cordes à 5 notes de musiques ; il est pentatonique. Et parallèlement, il apprenait le Garaya, une musique spirituelle, une musique sacrée. Cette chanson Adamulmula, Maman Sani explique que c’est une danse, un rythme de la région de Maradi, c’est une pratique ancestrale. Juste après les travaux champêtres, les jeunes gens se rassemblent pour célébrer les fruits de leur dur labeur (récolte). Mais au-delà de la danse et du rythme, Adamulmula est une pratique qui permet de raffermir les liens de cohésion sociale, de solidarité, de fraternité et de coexistence pacifique. En marge de ces journées festives, il se tient également des combats de lutte traditionnelle, de boxe traditionnelle, comme le dambé…

Depuis 2012, il a appris ces instruments surtout à des Européens, des Asiatiques…En 2016, il a travaillé avec le programme USAID qui l’a beaucoup soutenu dans cet apprentissage aux jeunes gens, notamment en théorie et en pratique. Avec l’appui des partenaires, il a formé des jeunes élèves de plusieurs établissements de la région de Zinder.

Dans le domaine du rap, Maman Sani fustige le fait que beaucoup de créations musicales nigériennes tirent leur source de l’occident. Il fait de la musique et l’enseigne ; pas plus ! « Avec mon groupe actuel, j’ai sur le marché deux (2) albums. Le troisième vient de finir, les clips de l’album ont tous été enregistrés au studio de Maitre Bat, comme les deux premiers », a-t-il précisé. Les thèmes qu’il développe dans ses chansons sont puisés de la vie quotidienne. Ils sont inhérents à la dépravation des mœurs, la scolarisation de la jeune fille, la planification familiale, l’exode rural. Ses chansons sont bien appréciées par le public et sont écoutées sur les chaines tant nationales qu’internationales qui ont des programmes haoussa (RFI, BBC et la VOA)

Un partenariat fécond pour booster le développement culturel

Après Mazan Fagué, un groupe de Rap qu’il a fondé, Mamane sani a adopté son propre style avec les instruments de musique traditionnelle nigérienne. « Aujourd’hui, je me retrouve pleinement dans ce que je fais, parce que je fusionne les instruments de musique traditionnelle du Niger et les instruments de musique moderne. Depuis 2005, j’ai commencé à fréquenter le Centre de formation et de promotion musicale (CFPM), pour m’initier à la musique en apprenant à jouer les instruments traditionnels nigériens. C’est comme ça que j’ai appris à jouer le Gouroumi, le kalangou, le Ganga, le Garaya, ce dernier instrument avec lequel d’ailleurs j’ai joué Adamulmula ».

Parlant des problèmes auxquels les acteurs culturels font face dans l’exercice de leur métier, il a cité le problème de sponsoring : « nous sommes certes déterminés mais souvent nous sommes confrontés à un problème de financement. Produire et promouvoir l’album constituent aussi de véritables problèmes. Pour cela, faut assez de partenaires pour faire la promotion de la musique nigérienne. Pour lui, l’Etat fait également des efforts, même si c’est insuffisant. La culture, c’est une dynamique. Pour l’artiste, il faut concilier musique traditionnelle et musique moderne ; malheureusement, l’acculturation est là, elle est réelle, car la tradition est abandonnée au profit de l’évolution du monde. Il dit tirer satisfaction de ce métier d’artiste : « la musique m’a procuré tout le bonheur ; c’est ma passion, je suis content de le faire ».

Il a loué les efforts déployés dans la réalisation des infrastructures culturelles, mais tout ce qui manque selon Mamane Sani, c’est une bonne politique culturelle. Le Gouvernement adopté récemment en conseil des Ministres un projet de loi sur le statut de l’artiste, un projet qui vise à intégrer les bonnes pratiques internationales prescrites. Ce projet détermine, entre autres, les conditions de protection, les modes d’exploitation, les redevances et le dispositif institutionnel de gestion collective des droits d’auteurs et des droits voisins. Une nouvelle largement applaudie par l’artiste Mahaman Sani qui attend vivement d’ailleurs son adoption par l’Assemblée Nationale.

Aïssa Abdoulaye Alfary(onep)

25 janvier 2019
Source : http://lesahel.org/

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Culture