Reportage chez les collectionneurs d’objets d’art à Niamey : Une présence gagnante et inspirée

Calebasse ali narey Peintre NIGERTout domaine à ses professionnels et ses passionnés et l’art ne fait pas exception. Repérer des œuvres et les assembler est un travail de l’esprit et des sens c’est cela le travail des collectionneurs. Dans les centres artisanaux, les ateliers et ou les galeries aux encablures du Petit marché de Niamey, on trouve des tableaux, sculptures et autres créations de l’imagination qui plaisent à la vue, émerveillent et interpellent sur le monde.

« Il faut aller partout si possible pour voir le travail des autres. Voir comment ils développent leur inspiration, car l’art est muable, changeant il faut apprendre toujours des autres » se veut Traoré Abdoulaye, studieux et sage. Il est l’un des plus grands peintres du coin, l’art est relatif et est une passion aussi bien pour les artistes que pour les collectionneurs. « Ce sont des gens qui ont une certaine condition sociale qui collectionnent, qui achètent pour leur patrimoine. Certains revendent des œuvres pour en racheter d’autres », explique celui dont le prestige a depuis longtemps franchi les frontières du pays. Selon lui, on ne peut pas définir la source d’inspiration, on ne peut pas non plus définir la provenance de ce que l’on a en soi, l’inspiration est spontanée, elle est par nature indéfinissable. On a tous un don en soi. « J’essaie juste d’améliorer ce que j’observe dans la vie quotidienne. C’est un jeune qui a compris très tôt que l’argent se gagne à la sueur de son front tout en déplorant la manière par laquelle la jeunesse nigérienne est minée par la recherche du gain facile et c’est cela qui nuit à une production de qualité, en matière artistique.

Non loin de cet espace un autre artiste s’exclame « Depuis plus d’une décennie, nous collectionnons des tableaux de deux genres «  figuratif et surréaliste », annonce le maitre des lieux Mamadou Idrissa, collectionneur d’art à côté de la voix longeant le cinéma Vox de Niamey. Au pied  de l’escalier qui mène à sa toiture qui lui serve de bureau, la sculpture d’un homme, légèrement incliné, main sous le menton, « troublé », interpelle les passants.

Dans sa boutique une large collection des toiles vous accueille. Certaines posées à même le sol dans un coin ou un autre et d’autres accrochées tout simplement. Ce décor, Mamadou l’a depuis une dizaine d’années, pour son plus grand bonheur et celui de ses visiteurs. « J’ai fait ce choix pour la beauté des tableaux et l’imaginaire qu’ils dégagent », explique-t-il. Venus d’Europe, d’Asie, d’Afrique et du Niger profond, ces objets, acquis chèrement, sont tous pleins d’enseignements. Chacun de ces trésors est issu d’un  courant artistique donné. « Les figuratifs, ce sont des images où l’on peut discerner des gens, des espaces et ou des sites bien connus. Quant aux surréalistes, ce sont des tableaux où l’imagination fait voir ce qui est caché, voilé, ce qu’ils représentent et signifient », détaille-t-il. Assouvir sa passion pour l’art, posséder de beaux objets, développer ses connaissances dans ce domaine apparait au-delà tout comme le motif principal d’un collectionneur. « Je ne vends pas ces œuvres, c’est un plaisir pour moi d’avoir ces toiles, peut être quand je ne serai plus de ce monde mes enfants en vendront, mais moi non », affirme le septuagénaire.

A quelques centimètres de là, est exposée une autre merveille « Ces trois facettes de la dame que vous voyez, c’est un ami qui me les a donnés en guise de souvenir de notre amitié que nous avions tissés lors des expositions internationales. Chacune d’elles exprime des choses, selon qu’elle soit de dos, de face ou de côté. En les regardant bien elles peuvent même être érotiques pour certains. Mais moi, c’est la mélancolie qui s’en dégage que je vois. Un tableau doit aller au-delà de sa beauté », nous fait t- il savoir « Celle-là, c’est une toile naïve figurative qui vient de la Chine. Beaucoup de gens, quand ils viennent la voir, l’apprécient », ajoute-t-il, comblé par ces trouvailles.

L’artiste, plasticien, peintre, design, qui a l’art de réussir des dessins sur la calebasse. Avec tout ce que cela représente dans la société nigérienne notamment rurale …M.Ali Narey la trentaine révolue a une histoire avec la calebasse. Naturellement fils d’un peintre, et bon sang ne saurait mentir, il a su se faire une place au soleil avec, à son actif des centaines de collections. A voir ses œuvres, on constate cette ambivalence dans les tableaux, entre des formes très colorées, joyeuses et des fois des tableaux engagés à transmettre des messages vivants et conscients. Et, le plus intéressant surtout, il fait ressortir l’humour, le rire qui donne de la joie, , il a des tableaux confectionnés de manière humoristique pour que tout le monde se retrouve dedans y compris les enfants. Tout en évitant des images choquantes ou des mots blessants. Notre artiste essaie d’avoir une certaine finesse d’esprit quand il crée. Il n’oublie pas de conscientiser, de sensibiliser les gens pour qu’ils s’identifient aux œuvres. L’art pour lui, c’est une chose indicible étrange par laquelle l’artiste crée, c’est donner goût et vie à un monde invisible pour le transformer visible que tout le monde voit et apprécie.

La calebasse signifie plein de choses pour Narey, elle constitue l’essence et la quintessence de son travail pour mettre en valeur la culture nigérienne « Moi en tant qu’artiste peintre, ma contribution pour la promotion de la culture, c’est de travailler sur la calebasse et cela reflète la culture nigérienne, la calebasse était beaucoup utilisée par nos grand parents. Avant, dans nos sociétés quand une fille se marie on amène avec elle dix à quinze calebasses, et nous en tant qu’artiste, nous essayons de la valoriser pour quelle ne disparaisse plus » soutient-il fièrement. Nous, artistes on essaie de l’amener d’une autre manière dans les maisons. Les femmes ont tendances à acheter des ustensiles importés oubliant la calebasse. A travers cela aussi, il encourage les paysans à beaucoup plus cultiver la calebasse. C’est la raison du choix de cette matière dans mes collections. Pour ce qui concerne la peinture j’utilise les tissus et autres produits traditionnels notamment la croix d’Agadez, la clef du désert , le beau paysage désertique, les potières de Boubon, les Chameliers avec leurs belles parures, les nomades et leurs turbans noués en différentes formes, les différentes tenues traditionnelles du Niger….…

Tobo Altiné

18 juin 2018
Source : http://nigerdiaspora.net

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