Au plus loin dans le noir : Quand un acteur porte un film par son talent

Au plus loin dans le noir : Quand un acteur porte un film par son talentUne des dernières réalisations du désormais vétéran du cinéma nigérien, le film Au plus loin dans le noir constitue avec La quatrième nuit noir, les titres par lesquels l’auteur des films en noir, Aube noire, Vendredi noir…, Djingarey Maïga signe son comeback sur la scène de la fiction au Niger.

Au début du film un homme, un fonctionnaire qui aime beaucoup sa femme, Hadi, mais n’arrive pas à la contrôler, surprend celle-ci avec son amant. Alors que ce dernier tente de s’enfuir au volant de sa voiture, le mari cocu le prend par le col de la chemise, Gorel, le voleur de femme accélère et projette le malheureux époux de Hadi contre un mur, la tête devant qui se fracasse. Le fonctionnaire meurt sur le coup. C’est l’inspecteur Iba Abdoulaye Maïga, un keuf brillant et très probe, qui sera chargé de trouver le meurtrier. Une enquête qui va l’entrainer au cœur d’un rocambolesque trafic de drogue dont tous les fils conducteurs conduisent aux responsables du pays au plus haut sommet de l’Etat.

Sur le plan de la narration, ce film tourne le dos à toute prouesse. C’est l’exemple type de la courbe dramaturgique telle qu’enseigner dans les écoles de cinéma : exposition, développement, conclusion avec une série de rebondissements dont le climax est la cime. Un film qui aurait plus d’oscar comme support pédagogie qu’en compétition cinématographique.

Ce qui lui a échappé dans la narration, papa Djingarey le rattrape avec la technique. Normale, quand on connait le poids de l’expérience sous lequel croupit celui qui a été acteur dans plusieurs films avec lesquels notre cinéma a fait ses premiers pas, avant une longue carrière derrière la caméra. La photo est le grand témoin du métier du vieux : quand l’inspecteur est dépassé ou pensif, plan serré, idem quand il est choqué. Quand il va chez le procureur, plan d’ensemble sur la façade du tribunal de Niamey, la même chose quand on est à la douane. Les plans du vieux sont, en somme, aussi réussi qu’expressifs.

Mais un film c’est, avant tout, une histoire. Et, comme c’est souvent le cas dans les films du réalisateur nigérien, c’est l’infidélité qui enfante le meurtre dans Au plus loin dans le noir. Cette fois encore dira-t-on mais surtout pas cette fois c’est trop. Nom ! Plutôt cette fois c’est même mieux car c’est aujourd’hui qu’il y a besoin de parler de ces maux, de les dénoncer. De nos jours où le plus sérieux des hommes est celui qui n’a qu’un seul bureau en plus de sa femme. De nos jours où même les dames de feu entretiennent des petits pompiers pour paraphraser le groupe de musique ivoirien, Magic système.

Le thème et la portée sont donc, en plus de la technique, un autre ‘‘A’’ du film du vieux. Une peinture des maux qui accablent le plus la société nigérienne actuellement et qui fait de Djingarey Maïga, un père qui a compris tous ce dont souffrent ses enfants sur le plan professionnel, sur le plan des valeurs morales, et jusque dans leurs foyers. En fait, drogue, sexe et pouvoir ont toujours fait « support à trois ». Et quand on a la pauvreté comme facteur favorisant, la corruption finit de faire de l’ensemble un cocktail dont l’explosion n’épargne personne. Un cocktail dont on vient à peine d’allumer la mèche dans notre pays, si l’on en prend garde.

En fait la corruption à elle seule peut constituer le noir dans lequel avance les choses au Niger, au plus loin. Avec des personnages comme La Gandjo qui, fort du soutien dont jouit son organisation au plus haut sommet de l’Etat, dans la police, dans la douane, jusque dans la gendarmerie présente un sang, pas que froid, mais complètement glacé. Ou encore un chien comme Jean Traoré, qui, une fois lâché par son patron, le tout puissant homme politique Gorel, n’hésite à mordre personne avec les dents de la corruption, jusqu’au juge qu’il trouve dans son bureau, en plein tribunal. Un juge dont l’éthique, trop insolente devant les puissants, aura pour récompense une retraite anticipée. Un bien meilleur sort par rapport au douanier qui sera muté à un poste où il n’y a que poussière et chameau. Ici le cinéaste nous rappelle un homme de théâtre Français, Marivaux qui dans une de ses pièces phare, s’insurge contre la justice qu’il trouve dure avec les pauvres et indulgente avec les grands. Doit-on même parler de justice ?

Une autre réussite de ce film est le casting, c’est peut-être même le plus grand défi relevé par Djingarey Maïga. Un casting des plus grands standings : Hassan Sididé, un vieux de la vieille dans les films du vieux. Il n’a manqué aucun rendez-vous du réalisateur, le conteur Mahaman Ado qui depuis un certain temps fait son bout chemin, aussi, devant l’écran, mais surtout Beidari, pas le griot de la célèbre épopée de Diado Sékou, mais l’acteur, celui qui dans le retour au pays, un autre film nigérien, joue le médecin. Avec sa silhouette ‘‘d’athlète’’, son accent de ‘‘jeunes citadin très branché’’ et son grand naturel sur les plateaux de tournage, Beidari Yacouba Hamani est, ces derniers, l’un des acteurs les plus sollicités pour les grands rôles au Niger.

C’est cet acteur digne des grands films hollywoodien qui a incarné l’inspecteur Iba dans cette réalisation qu’il a rendu digne des grands films d’enquête hollywoodiens. Iba, ce nom, n’est sans rappeler un certain Iba N’diaye, artiste plasticien Sénégalais de renom, comme pour dire que le comédien est aussi bon que le célèbre peintre qui a prêté son nom au personnage. Grace au jeu d’acteur de Beidari, ce film qui aurait pu tomber dans le lot des nombreuses réalisations qui ne retiennent pas beaucoup d’attentions a fini par se hisser au rang des films cultes ou au moins des réalisations nigérienne qui méritent d’être vus.

Au plus loin dans le noir, un film à voir pour tous ceux qui veulent comprendre le lien entre le vice, le crime et le pouvoir. Entre la drogue, le sexe et la politique.

12 janvier 2018
Source :  http://nigerdiaspora.net

           

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