jeudi, 17 novembre 2016 23:52

Cinéma : Les grands noms du 7ème Art au Niger

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Grands Noms Cinema Niger 01Oumarou Ganda : Le pionnier

Oumarou Ganda est un acteur et réalisateur nigérien, né en 1935 à Niamey, mort le 1er janvier 1981.Oumarou Ganda a effectué ses études primaires à Niamey avant de s'engager à 17 ans dans le Corps expéditionnaire français comme tirailleur. Il est envoyé en Indochine où il passe deux ans. De retour au pays, il ne trouve pas de travail. Il émigre en Côte d'Ivoire. Entre autres petits boulots, il exerce, comme Sembène Ousmane, le métier de docker au port d'Abidjan. C'est là qu'il rencontre Jean Rouch. L'ethnologue qui s'intéresse à la communauté nigérienne de la Côte d'Ivoire envisage une enquête sur l'émigration. Il engage Ganda comme enquêteur statisticien. Puis, ils en viennent au cinéma. Il joue un petit rôle dans Zazouman de Treichville en 1957, puis le principal rôle dans Moi un noir.

À travers ces deux films qui sont réalisés par Jean Rouch, Ganda contracte le virus du cinéma. Quelques années plus tard, Jean Rouch lui suggère de rentrer au pays. Dès son retour à Niamey, Oumarou Ganda est engagé comme assistant technicien au Centre Culturel Franco-Nigérien. Il y trouve, dans le club "Culture et Cinéma", des techniciens qui dispensaient une formation aux jeunes voulant embrasser les métiers du cinéma: réalisation, caméra et son.

Ganda avait pour compagnons Inoussa Ousseini, Hamidou Moussa et bien d'autres. Plusieurs films éducatifs ont été ainsi réalisés. C'est dans ce cadre qu'est lancé un concours de scénario en 1968. Ganda avait une histoire qui lui tenait à cœur, et c’est ainsi que fut écrit le script de son premier film: Cabascabo (1968, 45 minutes, noir et blanc), film autobiographique qui tente de reconstituer l'histoire du service de l'auteur dans le corps expéditionnaire français en Indochine.

Filmographie: Le Niger au Festival de Carthage, 1980 ; L'Exilé, 1980 ; Cock Cock Cock, 1977 ; Saïtane, 1972 ; Le Wazzou polygame, 1970 - First FESPACO grand prix en 1972 ; Cabascabo, 1969

Jean Rouch : Le sorcier blanc du cinéma nigérien

Jean Rouch est un réalisateur et un ethnologue français, né le 31 mai1917 à Paris et mort le 18 février 2004 au Niger. Il est particulièrement connu pour sa pratique du cinéma direct et pour ses films ethnographiques sur des peuples africains tels que les Dogons et leurs coutumes. Considéré comme le créateur de l'ethno-fiction, un sous-genre de la docu-fiction, il est l'un des théoriciens et fondateurs de l'anthropologie visuelle.

Jean Rouch est le fils de Jules Rouch, météorologue, explorateur et directeur du musée océanographique de Monaco. Après une formation d’ingénieur à l'École nationale des Ponts et Chaussées, Jean se fait enrôler avec deux camarades de promotion, Jean Sauvy et Pierre Ponty, comme ingénieur des travaux publics en Afrique. Rouch est affecté au Niger où il construit des routes et des ponts. Après la mort d’ouvriers foudroyés sur un chantier, Rouch découvre les mystères de la religion et de la magie songhaï. Il se consacre alors à l'ethnographie. Après avoir été expulsé de la colonie du Niger, il prépare à Dakar les campagnes militaires de libération, puis rejoint la 2ème division blindée du Général Leclerc et entre avec les armées alliées dans Berlin en 1945.

De retour en France, il suit les cours d'ethnologie de Marcel Mauss et de Marcel Griaule, puis repart, en 1946, en Afrique avec Jean Sauvy et Pierre Ponty pour descendre en pirogue les 4. 200 km du fleuve Niger, de sa source jusqu’à l’océan Atlantique. Après cet exploit, il effectue d’autres missions, tourne des films et soutient sa thèse avec son maître Marcel Griaule, lui-même pionnier du cinéma ethnographique. En 1953, chargé de recherches au CNRS, il crée (avec Henri Langlois, Enrico Fulchignoni, Marcel Griaule, André Leroi-Gourhan et Claude Lévi-Strauss) le Comité du film ethnographique, qui siège au Musée de l'Homme à Paris.

En 1969, il crée avec Pierre Braunberger et Anatole Dauman le Groupe de Recherches et d'Essais Cinématographiques (Grec) destiné à produire de premiers courts métrages, avec le soutien du CNC.

Au cours de sa longue carrière, Rouch, réputé pour son agilité intellectuelle et son don de la parole, enseigne inlassablement le cinéma en France, en Afrique, aux États-Unis et réalise près de cent vingt films. Il suscite de multiples vocations de cinéastes à travers le monde. Il anime pendant des années le séminaire ‘’Cinéma et Sciences Humaines’’ à la Cinémathèque Française en collaboration pédagogique avec l'Université de Paris X - Nanterre, où il crée le premier DEA en Études cinématographiques de France.

Influencé par Dziga Vertov et Robert Flaherty, Jean Rouch est l’un des pères fondateurs du cinéma direct. Il est une source d’inspiration et une constante référence pour les réalisateurs de la Nouvelle Vague. Président de la Cinémathèque française pendant cinq ans (entre 1986 et 1991), il est en 1993 lauréat du Prix international de la paix. Son œuvre, couronnée par de nombreuses récompenses prestigieuses, s’inscrit dans l’histoire universelle du cinéma.

Au cours d’une ultime mission au Niger, le 18 février 2004, à la tombée de la nuit, à 16 kilomètres de la ville de Birni N'Konni sur la route de Tahoua dans l’Est du pays, Jean Rouch est victime d'un accident de voiture mortel. Il désirait être incinéré, mais le Niger interdit les crémations. Il repose dans une tombe dans l'ancien cimetière chrétien de Niamey.

Filmographie (non exhaustive)

Principaux longs-métrages : 1954 : Jaguar finalisé en 1967 ; 1955 : Les Fils de l'eau ; 1958 : Moi un noir, prix Louis-Delluc 1958 ; 1961 : La Pyramide humaine ; 1961 : Chronique d'un été, coréalisé avec Edgar Morin, prix de la Critique au Festival de Cannes de 1961 ; 1965 : La Chasse au lion à l'arc. Lion d'or au Festival de Venise, 1965 ; 1967 - 1974 : Les Fêtes du Sigui ; 1970 : Petit à petit ; 1974 : Cocorico Monsieur Poulet ; 1976 : Babatou, les trois conseils ; 1979 : Bougo, les funérailles du vieil Anaï ; 1983: Dionysos, sélection au Festival de Venise 1984 - 1986 : Folie ordinaire d'une fille de Cham, coréalisé avec Philippe Costantini, avec Jenny Alpha, Sylvie Laporte, Catherine Rougelin d'après le texte de Julius Amédée Laou et la mise en scène de Daniel Mesguich ; 1992: Madame l'eau, grand prix international de la paix au Festival de Berlin 1993 ; 2003 : Le Rêve plus fort que la mort, coréalisé par Bernard Surugue

Courts et moyens métrages (liste partielle) : 1947 : Au Pays des mages noirs ; 1948 : Les Magiciens de Wanzerbé. Rites des magiciens Songhay au Niger ; 1949 : Circoncision. Rite de circoncision des enfants de Hombori, un village du Mali ; 1949 : Initiation à la danse des possédés. Une femme Songhai de l’archipel de Tillabéri est initiée. Prix du meilleur film non commercial au Festival du Film maudit à Biarritz, organisé par le ciné-club Objectif 49 (dont le président est Jean Cocteau) et la Cinémathèque d'Henri Langlois ; 1952 : Bataille sur le grand fleuve ; 1954 : Les Maîtres Fous (36 min et d’autres versions). Grand Prix de la Biennale internationale du cinéma de Venise ; 1957 : Rituel d’un groupe d’Africains, une secte religieuse d’ouvriers d’Accra, au Ghana, qui sont possédés par l’esprit des Haukas, ‘’Les Maîtres Fous’’, dans une mise en scène où ils jouent des personnages associés au pouvoir colonial ; et 1962 : Abidjan, port de pêche (24 min). À Abidjan, pêcheurs et armateurs exposent leurs problèmes, difficultés et espoirs.

Moustapha Alassane : Le grand maître du cinéma d'animation

Moustapha Alassane est un réalisateur, acteur et scénariste nigérien né en 1942 et mort le 17 mars 2015 à Ouagadougou au Burkina Faso. Moustapha Alassane, mécanicien à l'origine, découvre les techniques du cinéma aux côtés de Jean Rouch qui lui donnera un rôle dans son film ‘’Petit à petit’’ en 1971. Il travaille également au Canada avec Norman Mc Laren sur le cinéma d'animation, un genre qui lui plaît puisqu'Alassane réalise le premier dessin animé africain : ‘’La Mort de Gandji’’. Le long-métrage ‘’F.V.V.A.’’: Femmes Villas Voitures Argent, une satire de mœurs dénonçant l'arrivisme des nouveaux riches en Afrique, est récompensé à la première édition du FESPACO et contribue à faire du Niger un pays qui compte dans le paysage cinématographique des années 1970. Il conduisait la voiture lors de l'accident dans lequel Jean Rouch trouva la mort.

Filmographie :1962 : La Bague du roi Koda, (court-métrage);1962 : Aouré ;1965 : La Mort de Gandji (court-métrage) ;1966 : Le Retour d'un aventurier, (court-métrage) ;1966 : Bon voyage Sim, (court-métrage) ;1972 : F.V.V.A.: Femmes Villas Voitures Argent ; 1974 : Toula ou le génie des eaux ; 1977 : Samba le grand, (court-métrage) ; 1982 : Kankamba ou le semeur de discorde ; 2001 : Kokoa, (court-métrage) comme acteur ; 1971 : Petit à petit : Moustapha ; 1976 : L'Étoile noire, comme scénariste ; 1974 : Toula ou le génie des eaux ; Aouré.

Damouré Zika : Réalisateur et acteur

Damouré Zika est un acteur et infirmier nigérien, né en 1923 et mort le 6 avril 2009. Ami de Jean Rouch, Zika a joué dans la plupart de ses 120 films. Son premier rôle était dans ‘’Bataille sur le grand fleuve’’ (1950-52). Il tourne ainsi dans ‘’Jaguar’’ (1955/1969), ‘’Petit à petit’’ (1971), et ‘’Cocorico Monsieur Poulet’’ (1974).

Fils d'un sorko-pêcheur, Damouré Zika apprend à son tour le métier de pêcheur, dès l'âge de dix ans. En 1943, il rencontre l'ethnologue en mission Jean Rouch, qui le décide à devenir infirmier. Circulant dans l'est du Niger, Damouré Zika s'engage dans la lutte contre l'épidémie de méningite qui y sévit. Lorsqu'en 1946 Jean Rouch revient au Niger, il l'accompagne dans tous les villages de l'ouest du pays, pour interroger les vieux guérisseurs sonianké sur la magie. Damouré Zika a participé à la réalisation de plusieurs films du cinéaste, parfois en tant qu'acteur ; ‘’ La Chasse à l'hippopotame’’, ‘’Les Danses des initiés de Firgoune’’ ou ‘’La Bataille sur le grand fleuve ‘’. Tout au long de sa vie, en pirogue sanitaire ou dans des dispensaires, il a soigné les populations riveraines du fleuve. Damouré Zika est l'auteur de Journal de route, publié aux Éditions Mille et une nuits, en 2007.

Djingarey Maïga : La série noire continue

Surnommé "le dernier des Mohicans" parce qu'il est actuellement le seul des "pionniers du cinéma nigérien" à réaliser encore des longs métrages de fiction, Djingarey Maïga est né le 17 octobre 1939 à Ouatagouna (Mali), un village situé à 250 km de Niamey (Niger). Après l'école, il est arrivé à Niamey où il a travaillé comme releveur à la SAFELEC, actuelle Compagnie Nigérienne d'Electricité (NIGELEC).

C'est en 1961 que Djingarey Maïga a commencé à s'intéresser au cinéma. En 1968, il incarne le rôle principal dans ‘’Le Retour d'un aventurier’’ de Moustapha Alassane, puis dans ‘’FVVA’’ (Femme, Villa, Voiture, Argent) en 1970 où il joue le second rôle. Un an après, Djingarey Maïga abandonne son poste de releveur à la SAFELEC pour celui d'assistant-réalisateur aux côtés de Moustapha Alassane. C'est donc en 1972 qu'il réalisa son premier film ‘’Le Ballon’’, dont il est le caméraman, et dans lequel l'acteur principal est son fils aîné âgé de 6 ans. Ensuite il réalise successivement ‘’L'Etoile Noire’’ en 1975, ‘’Aube Noire’’ en 1983, ‘’Miroir Noir’’ en 1994, ‘’Vendredi Noir’’ en 2000. Djingarey Maïga a fini de tourner ‘’La Quatrième nuit Noire’’ (2008), son long métrage dans la souffrance par manque de moyens financiers. Dans la poursuite de sa "série noire", il sort ‘’Au plus loin dans le noir’’ (2014) et ‘’Le Cerveau Noir’’ en 2016.

Filmographie : La Quatrième nuit Noire, 2008 ; Vendredi Noir, 2000 ; Miroir Noir, 1994 ; Musiques du Mali: Les Gens de la parole, 1988 ; Autour de l'hippopotame, 1985 ; Aube Noire, 1983; L'Etoile Noire, 1975 ; Le Ballon, 1972 ; Suggestions ; Autour de l'hippopotame de Yves Billon, Jean-François Schiano, Djingarey Maïga.

Moustapha Diop : L’auteur du long métrage "Le médecin de Gafiré"

Il est né en 1945 à Cotonou. Il fait ses études au Mali, au Niger et en France. Il s’inscrit en Lettres Modernes à Abidjan et à Ouagadougou. De 1975 à 1978, il fréquente le Conservatoire Libre du Cinéma Français et obtient deux diplômes (mise en scène et montage). De 1979 à 1984, il est réalisateur à la télévision du Niger (ORTN). En 1974, il réalise son premier film "Synapse" et en 1981, il tourne avec Isabelle Calin "La tomate".

1982 marque un tournant : il réalise un long métrage, "Le médecin de Gafiré", avec lequel il obtient plusieurs prix : le “Grand Prix de l’ACCT” à Carthage en 1984 et le “Prix de la Critique Internationale” à Locarno en 1985. Depuis, Moustapha Diop nous a confié que de nombreux projets cinématographiques sont mort-nés du fait de financements insuffisants mais aussi par manque d'encouragements. Le cinéaste semble s'être complètement réorienté dans les métiers de la presse écrite au Niger. Il édite plusieurs journaux.

Zalika Souley : La star du cinéma nigérien

Née en 1947 Zalika Souley est une des premières actrices professionnelle de cinéma en Afrique ; elle a également fait du théâtre et de la télévision. En 2003, la réalisatrice nigérienne Rahmatou Keïta lui a consacré un documentaire : Allèèssi, une actrice africaine. Zalika Souley est la star du cinéma nigérien. Elle a tourné avec Oumarou Ganda dans ‘’Le Wazzou polygame’’, ‘’Saïtane’’, ‘’l'Exilé’’, mais aussi avec Mustapha Alassane, Mustapha Diop, Djingarey Maïga... Elle a également fait du théâtre et de la télévision. Zalika Souley est arrivée par pur hasard au cinéma. Elle y fait ses premiers pas en 1966 en jouant dans le film ''Le retour d'un aventurier''. Très vite, elle est sollicitée par de nombreux réalisateurs africains de l'époque. Oumarou Ganda pour ‘'Le Wazzou polygame’’, ‘’Saïtane’’, ‘’l'Exilé’’.

Filmographie : 1966 : Le Retour d'un aventurier ; 1969 : Cabascabo ; 1971 : Le Wazzou polygame ; 1973 : Saïtane ; 1980 : L'Exilé ; 1983 : Aube noire ; 2003 : Allèèssi, une actrice africaine.

Rahmatou Keïta : Journaliste et cinéaste

Elle est une journaliste et réalisatrice nigérienne. Sahélienne, elle est née au Niger. Après des études de Philosophie et de Linguistique à Paris, elle s’y installe et commence une carrière de journaliste dans la presse écrite et à la radio, avant de travailler à la télévision. Chroniqueuse, présentatrice de journal télévisé, animatrice d’émission et reporter, elle a travaillé pour des chaînes de télévision françaises et internationales, dont le magazine culturel d’Antenne 2, L'Assiette anglaise. En 2009, elle est présidente d'honneur du Festival du film panafricain. En 2010, Allèèssi, son documentaire consacré aux pionniers du cinéma africain, sort dans les salles françaises, après avoir été présenté à Cannes en 2005, qui raconte l'histoire de Zalika Souley. En 2012, sur RFI, elle est présentée comme la première journaliste issue de la ‘’minorité visible’’.

Rassemblés par O. Ali (Source : Africultures)

18 novembre 2016
Source : http://lesahel.org/

Last modified on dimanche, 20 novembre 2016 22:26

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