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mardi, 09 septembre 2014 09:20

Hommage posthume à Elhadj Mahamane Taya

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Août 1987- Août 2014  27 ans  déjà disparaissait un pionnier de la musique moderne nigérienne

Bien souvent, c’est plus la procédure administrative (sorte l’obligation morale visàvis du défunt), qui fait qu’à chaque fois qu’un fonctionnaire disparaît, son Ministère de tutelle publie un communiqué soulignant ses mérites.

Mais l’homme qui nous a quitté prématurément il y de cela  27 ans,  était à la hauteur de l’hommage qui lui a été rendu en son temps par le Ministère en charge de la culture.
Le talent professionnel, la vertu morale, qui a caractérisé le défunt dont Elhadji Mamane Taya (que la paix et la bénédiction soient avec lui)  étaient à la mesure du respect et la reconnaissance de tous ceux qui ont tenu à l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure.

J’ai tenu à  rendre  un  hommage particulier aux musiciens hors paire, au pionnier incontestable et incontesté de la musique moderne du Niger à travers les pages du journal Seeda. A cela trois raisons : d’abord parce qu’il s’agit d’un ami ; ensuite Elhadj Taya ,  était indubitablement un homme digne, respectable et respecté de tous. Enfin, et c’est là la troisième idée forte à l’origine de cet article posthume, Taya était , un musicien hors paire. Il a toujours été au premier plan du combat difficile dans le cadre d’une musique nigérienne digne de ce nom et  dans des conditions que tout le monde connaît. Pour cela il mérite notre estime et un hommage appuyé pour le service rendu à la musique nigérienne, à la jeunesse nigérienne, au peuple nigérien.

Qui était Elhadj Taya

A la fin des années 1960, le Niger était confronté à une pénurie de cadres dans l’enseignement.  Hier comme aujourd’hui, la carrière enseignante ne nourrissant pas son homme, tous les élèves titulaires du BAC ou du BEPC s’orientaient vers d’autres professions. Dans le secondaire, plus de 75 % des enseignants étaient des étrangers ou des contractuels. Le Niger signa alors une convention avec l’UNESCO dont l’objectif était d’amener le pays à l’autosuffisance en matière de cadres de l’enseignement à moyen terme. Alors, une centaine de jeunes collégiens titulaires ou non du BEPC se sont retrouvés à l’école normale de Zinder pour former la première promotion de ce qui allait devenir l’Ecole  Normale nouvelle formule, avec la suppression du BAC et l’institution du Diplôme de Fin d’Etude  Normale (DFEN).

La première promotion En cette rentrée de l’école normale de Zinder (nouvelle formule) , baptisée plus tard Ecole Normale Askia Mohamed, fut dirigée dirigée par Saadou Galadima. Les anciens ( de l’ancienne formule au nombre duquel Oumarou Hadari) ont remarqué parmi les «bleus» la présence de deux élèves particulièrement passionnés de musique. Le premier du nom de Elhaj Mamane Taya, très  élancé  est naturellement gai et très ouvert. Le deuxième, un peu trapu, plutôt timide et réservé s’appelait Mamane Sani Abdoulaye (SAM pour les intimes). Aussitôt après le repas de Mallam Mani (cuisinier en chef du restaurant), tandis que nous nous précipitons sur nos cours pour préparer les interrogations écrites quasiquotidiennes à l’époque, Taya et Mamane Sani Abdoulaye passaient tout leur temps à   jouer de la musique. L’un à gratter sur sa guitare, l’autre à jouer à l’harmonica. Ceux qui avaient la malchance d’avoir même dortoir que ces deux fanatiques de la musique peuvent aller se plaindre auprès du petit S (petit surveillant). Nos deux fanatiques n’abandonnaient leurs instruments de musique que tard la nuit. Mais c’est pour les reprendre dès les premières lueurs du jour.
 

La vie à l’école normale de Zinder : un duo inséparable

Mais l’image inoubliable de Taya qui est restée gravée dans la mémoire de tous les anciens normaliens c’est celle duo inséparable qu’il formait avec Magid (Ibrahim Yallo) . Un professeur ne pouvait assumer convenablement son cours que lorsqu’il qu’ enles séparant pour les placer  dans les deux coins opposés de la classe.

 Une de leurs activités préférées consistait à imiter les professeurs. Chaque soir quelques dizaines d’autres normaliens les rejoignaient pour passer en revue les moments les plus humoristiques de la journée. Les sujets ne manquaient jamais car, les enseignants chargés d’encadrer cette première promotion étaient à 90 % des experts de l’UNESCO provenant du  Vietnam, d eHaiti, de l’Italie, de la Yougoslavie etc.et qui ne maîtrisaient pas très vbien pas le Français.

Tou qs les anciens normaliens de Zinder ont gardé une bonne image de Taya pour d’autres raisons. Il était au premier plan de toutes les activités culturelles et sportives. Dans la troupe théâtrale des années  1970-71 , Taya et Magid étaient parmi les meilleurs animateurs. En sport, sa performance moyenne ne lui permettait pas d’être sélectionné dans l’équipe de football de l’école. Il se contentait d’être ailier de l’équipe de notre classe ou gardien de but de fortune. Il était meilleur dans les autres disciplines. Il arrivait qu’il soit sélectionné dans trois disciplines différentes (Basketball, Volleyball et Handball). Enfin, dans le cadre des activités culturelles hebdomadaires auxquelles participaient tout le corps enseignant et certains établissements scolaires de Zinder, Taya avait toujours un rôle : soit musicien soliste dans les entractes, soit organisateur de premier plan.

Dans la capitale du Damagaram, le début des années 1970, c’était aussi  l’époque de « Salut les Copains’», la musique de James Brown,  Etta James,  Arreta Franklin et autres Ray Charles Copains. Les  groupes de jeunes (garçons et filles)  étaient à la mode. A l’école normale, il y avait plusieurs groupes qui rivalisaient d’influence auprès de deux principaux établissements de jeunes filles de Zinder. Le Collège Fatima et le Cours Normal. Taya, comme Magid faisaient partie du groupe qui s’appelait «Hells Angels» qui avec les «Paternaires» et les  «Level Brother»,  étaient les trois groupes les plus en vue à l’E.N . Taya était en parfaite intelligence avec les membres tous les groupes..

Cette ambiance et cette symbiose qui caractérisaient  la vie à l’Ecole normale de Zinder  symbolisait la consécration d’un idéal f recherché par les pouvoir  publics de l’époque à travers la création d’établissements scolaires  nationaux regroupant des jeunes venus des quatre coins du pays et qui deviennent,  pour toute une vie, solidaires et unis au-delà de toute  autre considération.

Une de ses  premières apparitions publiques, à l’Ecole  normale, comme musicien, Taya l’a effectuée en compagnie de Mamane Sani et Oumarou Hadari dans le cadre des activités culturelles hebdomadaires. Ces activités avaient une grande importance pour l’établissement non parce que le préfet de Zinder (actuellement gouverneur) y assistait ou parce qu’on invitait les jeunes filles (du Collège Fatima et du Cours Normal) , mais parce que cela faisait partie des  programmes de formation des futurs instituteurs comme la mécanique, l’animation rurale, l’élevage, le jardinage  etc.).

 Cette activité culturelle  explique le  grand nombre de futurs musiciens du Niger se recrutant parmi les anciens normaliens : Mamane Sani Abdoulaye et son orgue, Mamane  Garba, Taya, Aimé Tossa,  Mamane Saley, Rabo may Ganga, dontceertain sontà l’origine des   orchestre comme Ambassadeurs du Sahel n, l’international de la capitale et bien d’autres .

 De l’orchestre de l’école normale à l’International de la Capitale

 Au cours de la première prestation de Taya en public à l’école normale il y avait  Mamane Sani à l’harmonica pour interpréter les chansons des jeunes filles de Tillabéry (toujours estimées et applaudies), Oumarou Hadari à la guitare pour interpréter ses morceaux fétiches (chérie, say watarana, etc) D. Gérard le premier batteur des Ambassadeurs a été également très applaudi. Ce jourlà,  en l’absence d’une vraie batterie, il s’est contenté de la table d’un professeur. Tchountchou, (Issaka  Mamadou, plus tard  journaliste et  grand animateur du journal parlé de la Voix du sahel) faisait déjà office  M.C  et chanteur de l’orchestre de l’Ecole Normale.

Petit à petit l’orchestre se perfectionna avec l’acquisition progressive de matériel plus performant. Taya devint un véritable chef d’orchestre. Fidèle à son tempérament, Maman Sani Abdoulaye dit Sam, dès l’Ecole  Normale, préféra  évoluer en solo à harmonica (dans son coin) puis plus tard à l’orgue électronique.

Quelques années plus tard ces mêmes musiciens se retrouvèrent sous l’instigation du frère aîné de Taya Kazelma pour poser les premiers jalons de ce qui allait devenir les «Ambassadeurs», puis l’orchestre «Caravane» et plus tard «L’International de la Capitale». C’est seulement avec ces orchestres que l’on a osé parler de musique nigérienne moderne. Et, dans tous ces orchestres Taya avait un rôle essentiel.
 
Taya a fait la démonstration que ce n’est pas seulement à travers les longues marches de la hiérarchie administrative que l’on peut apporter sa pierre à l’édifice d’une jeune nation. La discipline dans laquelle il s’est formé lui donnait le droit comme tout Nigérien d’aller attendre derrière la paperasserie d’un bureau au énième étage d’un immeuble ministériel, qu’un décret providentiel tombe à l’issue d’un conseil des ministres. Il a préféré rendre service à son pays d’une autre manière.

Demain lorsqu’on évoquera les origines de la musique nigérienne moderne ou lorsque nos enfants écriront une histoire de la musique moderne (car il faudrait bie n que cette histoire soit écrite un jour), le nom de Taya occupera une place de choix : il entrera ainsi dans l’histoire par la grande porte : il ne l’aura pas usurpé.

Adieu Taya, que la paix et la bénédiction soit avec toi.
Un ancien normalien, enreconnaissanbce de son amitié sincère.

Boureima Alpha Gado
            
(texte écrit  il ya 27 ans)

Source : Seeda, Mensuel nigérien d’informations générales