vendredi, 13 septembre 2013 08:12

Agadez : la Cure salée ou ‘’tenekert’’, hier et aujourd’hui : dimensions économique, politique, sociale et culturelle d’un grand rassemblement nomade

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Brigi Cure SaleeIn ‘Gall, chef-lieu du département d’Agadez, et haut lieu de rassemblement  de la cure salée, est l’une des plus plaisantes oasis de la région. Elle dispose de plusieurs  palmeraies  qui s’étendent le long d’un kori s’allongeant  vers Tiguidan Tessoum, la perle de l’Irhazer Wan Agadez, réputée pour ses productions de sel de très bonne qualité.

Outre les salinées de Tiguidan Tessoumn, In’gall renferme également d’autres importantes potentialités touristiques, notamment le site paléontologique, le musée des dinosaures, les sources thermales de Gélélé, Faghosia, In’jitan etc., et l’emplacement de la cité historique de Taghiat qui renferme de fabuleux trésors archéologiques.

Avec la fête  annuelle des éleveurs, la ville d’In’Gall s’anime,  et ses ruelles invitent à la découverte. Le marché local  rassemble  de très nombreux  éleveurs peulhs et touaregs  autour de quelques commerçants arabes  et haoussas,  et des populations résidentes. Dans ce marché, on trouve de beaux harnachements de chameaux, des tissus indigo qu’affectionnent les Touaregs, des bijoux, des fanfreluches, des selles de méhari confectionnées avec art, etc.…

La cure salée est née de l’expansion des pasteurs touaregs  vers le sud nigérien où ils avaient établi des relations multiséculaires. Chaque année, ils effectuent le déplacement  vers le sud, afin de  revigorer leurs animaux  par une cure  dans les pâturages salés de l’Irhazer.

Appelée ‘’tenekert’’ en langue locale, la cure salée  intéresse principalement les nomades touaregs  et peuhls des régions d’Agadez, de Tahoua, Maradi et Zinder. Cette transhumance  des nomades  vers le  sud, en même temps qu’elle a l’avantage de mettre le bétail en bon état, permet aussi de dégager  la zone  des cultures  et de préserver  les pâturages  utiles pour la saison sèche.

La plaine de l’Irhazer, dont le  pâturage est particulièrement recherché, est une zone de convergence  des nomades  en saison  d’hivernage. L e bétail y trouve  l’amcheken, plante caractéristique de cette plaine,  et boit l’eau  salée aux sources de Tiguidan Tessoum, de Gélélé, d’Azelik, d’In’abangarit, de Fagoshia, de Banouet et des forages réalisés dans le cadre des travaux communautaires  par feu Commandant Sani Souna Sido à In‘Jitan (1967), Tiguidan Adrar, Tiguidan Tagaït, Assawas, Ezzah, Akadandan, Tiblelik et Tiguirwit dans les années 1974.

Les nomades s’approvisionnent aussi en sel de Tiguidan Tessoum. Certains ramassent de la terre salée  des environs  de Gélélé, d’après l’éminent historien Adamou Aboubacar, dans son ouvrage intitulé ‘’Agadez et sa région’’.

La cure salée est  l’occasion de grandes retrouvailles, des fêtes et des activités commerciales pour  les centres  d’In’ Gall, de Marandet et même d’Agadez.

En effet, comme l’a dit le Professeur Djibo Hamani, la remontée vers le nord des pasteurs nomades  avait,  jusqu’à une certaine époque, de vraies  dimensions économiques, politiques et sociales, effritées  au cours du temps, mais  qu’il faut retrouver à tout prix.

Autrefois, la cure salée était pour les nomades  l’occasion de préparer les transactions  avec la ‘’tagalam’’ (caravane de sel), mais surtout  de s’entretenir et de traiter avec d’autres caravaniers  venus  d’horizons divers, particulièrement de l’Afrique du nord.

Ces caravanes n’étaient pas spécifiquement que des caravanes de sel. Elles servaient pour le transport  des marchandises au service de l’ensemble du Soudan central, selon le Professeur Djibo Hamani.

Les marchandises qui provenaient du nord  via l’Egypte, le Moyen Orient, traversaient Tripoli d’où elles sont acheminées par les Kel Aïr  dans les pays haoussa ; de là,  d’autres caravaniers,  cette fois-ci des âniers,  les transportaient jusqu’au Golf de Guinée.

Cet important trafic entretenait  le déplacement de milliers de personnes qui dépendaient  aussi bien de la caravane que des marchandises  venues d’Europe, d’Afrique  du nord, du Nigeria, de la Gold-Coast  (Ghana actuel), de la Haute volta (Burkina Faso actuel) et du Tchad.

Des siècles durant, le rassemblement des éleveurs  avait servi de cadre de retrouvailles et d’échanges, et surtout de règlement des conflits.

La cure salée avait deux dimensions essentielles: le déplacement des troupeaux vers le nord appelé transhumance et la dimension politique  qui donnait, à l’époque, l’occasion d’une grande rencontre  dite ‘’amanen’’ où les nomades,  réunis autour du sultan, réglaient  les conflits  existant entre  les différentes confédérations touarègues  qui, par la même occasion,  renouvelaient leur allégeance à l’autorité du sultan.

Cette dimension de la cure salée a été, depuis la nuit des temps, la plus importante car elle permettait de régler les problèmes essentiels des populations nomades. L’administration coloniale  trouva en elle une occasion rare pour rencontrer les chefs des tribus.

Aussi, elle imprima à la rencontre une dimension administrative à travers la création d’un ministère chargé  des affaires sahariennes et nomades confiée à un Touareg en la personne de Mouddour Zakara. Après le renversement du régime de Diori Hamani, le Conseil Militaire Suprême, arrivé au pouvoir, apporta des   innovations à la cure salée, notamment la vaccination du bétail, la sensibilisation par les services d’animation,  les radios-clubs et la radio Niger, les séances d’alphabétisation etc.

Rappelons que les sécheresses de 1968 et 1974 ont eu des conséquences directes sur la cure salée. En 1972 et 1974, elle n’a pas eu lieu en raison de la disparition du bétail.

A l’heure actuelle, la priorité est de redonner à la cure salée sa vraie dimension économique, sociale et culturelle, de s’inspirer de ce qu’elle fut et lui donner une dimension à  la mesure des problèmes des temps modernes.

Jadis,  cette partie du territoire  nigérien, selon le professeur Djibo Hamani, était riche et avec quelques chameaux mis à la disposition des caravanes, les propriétaires  gagnaient  les moyens de leur subsistance. Ce n’est peut-être pas facile de retrouver cette dimension économique, mais il y a un dicton qui dit : ‘’pour un voyage de 1000 kms, vous devez commencer par un petit pas de quelques centimètres’’. Alors, l’essentiel, c’est de commencer.

Certaines petites tribus avaient jusqu’à 4000 chameaux. Et quelqu’un  dans ces zones peut disposer à lui seul  plus d’un millier de camelins et les gens vivaient largement.

Il faut donc nécessairement retrouver cette dimension économique, très importante pour un pays comme le  Niger où  l’élevage constitue la deuxième mamelle de l’économie nationale. En effet, la filière du  bétail et de la viande doit profiter  des opportunités  qui s’offrent, notamment à travers les exportations  vers les pays du nord, qui constituent aujourd’hui le deuxième grand pôle économique  mondial.

Par   Abdoulaye Harouna

 

13 septembre 2013
Publié le 13 septembre 2013
Source : http://lesahel.org/

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Dernière modification le vendredi, 13 septembre 2013 08:57