La Station Sahélienne Expérimentale de Toukounous (Filingué) : Un centre de référence par excellence dans le domaine de l’élevage

L’élevage est une activité aux multiples avantages. Au Niger, il est considéré comme étant l’une des activités pratiquées par la quasi-totalité de la population. De ce fait, son apport à l’économie nationale n’est plus à démontrer. A l’échelle du territoire national, il existe un peu partout des zones à vocation essentiellement agro-pastorale. En effet, bien avant les indépendances, le département de Filingué est réputé en matière de l’élevage. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il a été créé en 1931 une station sous le nom de centre agricole à Filingué. La station fut transférée à Toukounous en 1954 et prit finalement le nom de Station Sahélienne Expérimentale de Toukounous pour des raisons techniques. La mission principale de cette station est la sélection et la diffusion du zébu de race Azawak à la robe fauve dans les élevages traditionnels. C’est ainsi que conformément à cette mission, la diffusion des géniteurs a concerné plus de 1620 têtes entre 2000 et 2018 dont plus de 478 géniteurs élites auprès des éleveurs sélectionneurs (zone Filingué, Abalak, Tchintabaraden et Dakoro), presque 900 auprès des éleveurs non sélectionneurs et plus de 242 géniteurs ont été cédés au Burkina Faso, Mali, Côte d’Ivoire et Nigeria.

Il y a quelques années, la station était confrontée à des difficultés sans précédent. Aujourd’hui, ces difficultés ne sont que des souvenirs grâce au dynamisme de l’équipe conduite par M. Amadou Barthé, directeur de la station sahélienne expérimentale de Toukounous, qui a su redresser ce joyau qui fait la fierté de tout le Niger dans le domaine de l’élevage. Mais où se trouvent les troupeaux de la race Azawak que tout visiteur ne se lasse pas de contempler ? Pour visiter cette belle race, il faut se rendre impérativement à Toukounous, un village situé à 20 Km de Filingué sur la voie bitumée (RN 25B) menant à Sanam avec un embranchement goudronné à gauche. Après quelques minutes de route, nous voilà à la station sahélienne expérimentale de Toukounous. Le directeur et son équipe venaient juste de faire un tour dans un des parcs pour le suivi des animaux. On lui explique les raisons de notre venue jusqu’à Toukounous. M. Amadou Barthé sourit aussitôt avant de dire en substance. ‘’ Nous sommes là pour la promotion de l’élevage. Dans le cadre de notre travail, la communication est extrêmement importante. Nous allons retourner pour visiter une partie du troupeau au parc’’.

D’une superficie de 4.474 ha pâturables, la station sahélienne expérimentale de Toukounous est entièrement clôturée par des fils de fer barbelés. Elle compte au total cinq (5) grands parcs subdivisés en 30 parcelles avec 110 Km linéaires de barbelés.

Il y a un premier troupeau de 76 têtes, composé uniquement des gestantes, tandis qu’un 2ème est constitué de 65 têtes dont un gros géniteur. Ce dernier peut être utilisé pendant au moins 15 ans avec les femelles. C’est dire qu’ici, chaque femelle qui met bas, le géniteur est connu. A chaque mise bas, un conseil se réunit pour donner un nom au veau. Chaque vache dispose d’un extrait d’acte de naissance et d’une puce à l’oreille qui permet de l’identifier facilement. A partir d’une puce ou d’un extrait d’acte de naissance, on a de façon détaillée l’arbre généalogique d’une vache à la station de Toukounous. Quelle organisation !

Mieux, les informations sur chaque mise bas sont informatisées. Dans tous les parcs, le troupeau paît tranquillement. Le second parc visité est un troupeau constitué des femelles vides (43) et des switeurs (52), c’est-à-dire qui n’ont pas mis bas. Les croisées sont reconnues pour leur performance en production laitière. La situation sanitaire est acceptable dans son ensemble et cela malgré quelques cas d’hemo-parasites. A la date du 3 décembre 2019, l’effectif du cheptel à la station sahélienne expérimentale de Toukounous est de 744 têtes de bovins toutes catégories confondues. Quant au personnel, on dénombre six (6) cadres ; 22 auxiliaires et 15 contractuels. La station fonctionne sur ses recettes propres. Seuls les salaires sont pris en charge par l’Etat. Selon le directeur de la station de Toukounous M. Amadou Barthé, les gestantes et les vides ne reçoivent aucun complément d’aliment. Le parc dispose d’une installation d’adduction d’eau potable avec des abreuvoirs un peu partout.

La production laitière

Une fois que le lait est recueilli dans des récipients appropriés, on le transporte à la base vie où les femmes fromagères l’attendent impatiemment. La production moyenne journalière de la race Azawak à la station sahélienne expérimentale de Toukounous varie de 5 à 15 litres en saison de pluie. Quant à la production laitière annuelle en 2018 elle est de 172.542 L, soit un taux de réalisation de 104, 42%. L’âge au premier vêlage est de 36 à 38 mois, alors que l’intervalle entre vêlage est de 13 à 16 mois. La station sahélienne expérimentale de Toukounous dispose d’une salle de chaine de froid pour conserver le lait à une température constante pour éviter sa décomposition en attendant les clients. Ces derniers sont entre autres les différents groupements féminins de Toukounous et la société Niger Lait S.A avec qui, les responsables de la station ont un contrat formel. Le litre de lait est vendu à 250 F. Ce 3 décembre 2019, le responsable de la chaine de froid M. Alhassane procède à la distribution du lait aux clientes du village. Il n’y a pas de bousculade lors de la distribution même si le lait disponible ne suffit pas pour que chaque sceau ait 6 L fixés de commun accord avec les différents groupements féminins qui font la rotation pour l’achat du lait, destiné à la transformation. L’ordre et la discipline sont les maitres mots. La distribution est manuelle. Elle se fait dans des conditions d’hygiène acceptable. Pour booster la production laitière, la station est accompagnée par plusieurs partenaires tels que le Programme National d’Amélioration Génétique (PNAG) et l’Université Abdou Moumouni de Niamey à travers la Faculté d’Agronomie ; le Programme de Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO) ; la coopération française ; celle de l’Allemagne ainsi que l’assistance technique belge à travers le projet Azawak et celle italienne avec le projet d’insémination artificielle. En outre, l’appui de la coopération belge et de la coopération italienne ont permis la mise en place d’outils de sélection et la diffusion des animaux à haut potentiel génétique. La diffusion des meilleurs géniteurs à haute valeur génétique auprès des éleveurs sélectionneurs de la zone agro-pastorale, de la zone pastorale et au niveau des élevages périurbains de la région de Niamey par l’insémination artificielle. S’agissant des appuis du PNAG, ils ont permis la mise en place d’outils de sélection par l’utilisation de l’insémination artificielle avec la semence exotique en vue de l’augmentation du niveau de production laitière.

L’insémination artificielle

C’est une technique de reproduction assistée consistant à placer du sperme dans l’utérus sans qu’il y ait de rapport sexuel. En effet, la station sahélienne expérimentale de Toukounous a commencé à pratiquer l’insémination artificielle en 2000-2001. Malheureusement les activités d’insémination se sont arrêtées à la station sahélienne expérimentale de Toukounous en raison de l’insécurité dans la zone de Toukounous. A travers la station de Toukounous, les autorités nigériennes cherchent à promouvoir l’élevage. De façon pragmatique, il s’agit de faire de cette station, un véritable centre d’expérimentation, un pôle d’attraction en matière d’élevage. Bref, un centre régional de sélection et de production de semence de race azawak. La station dispose d’un laboratoire, le premier du genre au Niger grâce à la collaboration entre le ministère en charge de l’élevage, la faculté d’Agronomie de l’Université Abdou Moumouni de Niamey et l’Université de Turin en Italie.

Par Hassane Daouda, envoyé Spécial (onep)

13 mars 2020
Source : http://www.lesahel.org/

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