Foire des producteurs maraichers de la Région d’Agadez à Niamey : Une diversité des produits en exposition-vente à la place Toumo

Foire des producteurs maraichers de la Région d’Agadez à Niamey : Une diversité des produits en exposition-vente à la place ToumoComme chaque année, à l’occasion des foires, les producteurs maraichers de la Région d’Agadez sont présents à Niamey pour écouler les produits de leur dur labeur. Cette foire dédiée à ces vaillants maraichers de quatre communes de la région d’Agadez est à sa neuvième édition. Ce rendez-vous annuel constitue une véritable opportunité d’affaires pour ces producteurs. Cette année, trois sites ont été affectés à cette foire à savoir la place Toumo ; mairie Garage et Lazaret. A la place Toumo, c’est toute une gamme de produits qui sont exposés et en vente. Il s’agit entre autres de la pomme de terre), de l’oignon, des agrumes et bien d’autres tels que les épices et l’ail, etc.

Sur le site de la place Toumo qui est l’épicentre de la foire, les exposants sont arrivés il y a une semaine. Des hangars ont été confectionnés pour les participants à cette foire qui dure un mois (15 janvier au 15 février 2020).

Aux environs de 10 heures, ce lundi 20 janvier 2020, les automobilistes, motocyclistes et piétons font la navette de la place Toumo. Un gros camion chargé de sacs de pomme de terre est stationné sur le site. «Ca vient d’arriver il y a juste quelques minutes», nous dit un producteur. Aussitôt, des jeunes dockers s’affairent à décharger cette cargaison de pomme de terre. Les sacs sont superposés non loin du camion. Pendant ce temps, certains exposants accueillent avec gentillesse des clients et d’autres concluent des marchés. Les transactions commerciales vont bon train. M. Mohamed Efat est un habitant du village d’Assadah, dans la commune rurale de Dabaga. Ce jeune producteur âgé de 30 ans exerce les activités de cultures maraichères depuis un peu plus de 10 ans.

Mohamed participe à cette 9ème édition de la foire des maraichers de la région d’Agadez avec cinq (5) tonnes de pomme de terre dont trois sont sur place et le reste en instance d’être acheminées ; quarante (40) sacs de 100 Kg d’ail ; dix (10) tonnes d’oignon ; quarante (40) sacs d’orange et trente (30) sacs d’épices. Toute cette quantité de produits est issue d’un jardin de 5 ha dont trois ha sont exploités en raison des moyens limités de ce bras valide. «Les semences de pomme de terre nous proviennent de l’Algérie à travers un commerçant de notre village. Ce sont des variétés à fort rendement telles que Pamela ; deseré et Esmaster. Il nous revend le kilo de semences à 600 Kilo. Quant aux autres semences telles que l’oignon ; l’ail ; l’oranger et les épices, presque tous les producteurs en disposent», a expliqué M. Mohamed Efat.

S’agissant des prix de la panoplie de produits maraichers en vente à la place Toumo, Mohamed nous donne les détails. Le sac de 50 kg de pomme de terre se vend à 25.000 FCFA, tandis que le kilo coûte en gros de 425FCFA et 500 FCFA en détail. Quant aux prix de la mesure et du sac de 50 Kg d’oignon, ils coûtent respectivement 1000FCFA et 8000 FCFA. Le carton d’orange et le kilo sont vendus respectivement à 20.000 FCFA et 1000FCFA. L’ail et l’épice se vendent par mesure. Que ce soit l’ail ou l’épice, la mesure coûte à 2000FCFA. A une semaine de son séjour à Niamey, Mohamed affirme avoir déjà vendu 1,5 tonne de pomme de terre. Sur dix (10) tonnes d’oignon, Mohamed a vendu trois tonnes. Bref, il faut dire qu’à ce rythme de vente, Mohamed semble bien parti pour une foire inoubliable en termes de bénéfice. «Vraiment, nous avons écoulé une bonne partie de nos produits. Les populations de Niamey sont en train de comprendre de plus en plus qu’il faut valoriser et encourager la consommation de nos produits. Si toute la chaine de production et de conservation de ces maraichers est maitrisée, nous n’avons pas besoin d’importer ces produits dont nous ignorons totalement les conditions de leur production», a relevé M. Mohamed.

Ce jeune maraîcher déplore l’état d’hibernation dans lequel se trouve la coopérative de leur localité. «Nous entendons simplement parler de coopérative. Mais en réalité, elle n’est pas fonctionnelle de notre point de vue dans la mesure où elle n’aide pas les producteurs à surmonter ne serait-ce que les problèmes qui relèvent de sa prérogative. Personnellement, j’ai injecté dans les intrants plus de 500.000 FCFA. Alors que si nous avons une coopérative efficace, je dépenserais moins que cette somme faramineuse», déclare Mohamed. «Même si les moyens de production sont couteux, j’espère tout de même réaliser un bénéfice d’au moins 300.000FCFA pour cette campagne», nous murmure-t-il l’oreille. Quid des problèmes liés à la production ? «Nous sommes déterminés à exercer cette activité de culture maraichère, sinon les moyens dont nous disposons sont modiques. Or, les intrants et les matériels utilisés dans le cadre de la production sont extrêmement chers. Il nous faut des motopompes; l’essence ; des semences ; des engrains ; des produits phytosanitaires ; des tuyaux pour tirer l’eau vers les planches de pomme de terre et d’oignon, ainsi que d’autres accessoires. On se contente de réaliser de façon artisanale des canaux non aménagés pour alimenter les planches de pomme de terre avec toutes les difficultés et la perte de temps que cela implique», explique-t-il.

Le coût élevé du transport

Le coût exorbitant du transport des produits maraichers des communes de Timia ; de Dabaga ; d’Iferoune ; de Tabelotte constitue un véritable fardeau pour les producteurs. Selon Assadeyd Silimane, un habitant de la commune rurale d’Iferouāne, le coût de transport d’un sac de 50 kg de pomme de terre coûte du lieu de la production jusqu’à Niamey 4250 FCFA, soit quasiment 1/5 de son prix de vente. Les transporteurs justifient ce prix par le fait que les routes sont impraticables. «Nous les comprenons aisément parce que nous empruntons régulièrement ces routes qui, par endroit, sont quasiment inexistantes. Il faut que l’Etat et ses partenaires nous aident à sortir de cet état infernal de nos routes. Il ne peut pas y avoir de développement dans une zone ou l’accès est difficile. Le développement du commerce passe incontestablement par l’interconnexion des villes par le canal d’un réseau routier adapté», dit-il. «C’est seulement à cette condition que nos efforts de production nous serons profitables. Certes la distance est un facteur handicapant, mais elle pourrait être surmontée si la route est bonne. Nous demandons à l’Etat de bien analyser les souffrances que nous endurons lorsqu’il s’agit de transporter nos produits maraichers à Niamey», précise M. Assadeyd.

Par rapport à l’écoulement, M. Assadeyd se félicite du fait que les populations de Niamey encouragent les efforts à travers l’intérêt qu’elles accordent aux produits. «Il faut que l’Etat de son côté soutienne davantage les maraichers que nous sommes en achetant une grande quantité de nos produits qu’il peut mettre à la disposition des hôpitaux ; des garnisons et des prisons civiles», a souhaité Assadeyd. Cependant, le véritable défi de la filière ‘’pomme de terre et d’oignon’’ au Niger est celui de la conservation et de la transformation. C’est un défi qui n’est toujours pas relevé aussi bien par le pouvoir public que le secteur privé. Il faut que des usines de conservation et de transformation de ces produits maraichers soient créées afin de rendre attractive et compétitive cette filière. Les producteurs ont beau produire, s’il n’y a pas d’usines de conservation et de transformation de ces produits, le défi de la sécurité alimentaire ne saurait être atteint. Une réflexion regroupant l’ensemble des acteurs doit être menée dans ce sens pour davantage encourager la production de la pomme de terre et de l’oignon au Niger.

Hassane Daouda

23 janvier 2020
Source : http://www.lesahel.org/

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